25 mars 2020

1968 : Le record inconnu de Stirling Moss en Suzuki

A la fin des années 60 en Europe, acheter une voiture nippone n’est pas un réflexe. C’est même considéré, au mieux comme une excentricité, au pire comme une connerie. Pour marquer le lancement de sa Fronte, et prouver sa fiabilité et ses performances, Suzuki a une idée. Ils organisent un road-trip dont l’objectif est de rouler à fond de Milan à Naples avec la Fronte, dernière nouveauté de la marque. Au volant? Sir Stirling Moss ! 

Deux temps, 356 cm3, à l’arrière !

Aujourd'hui on ne va pas vous parler de la dernière petite Suzuki, mais bien d'une des ces ancètres dans la gamme du constructeur nippon, la Fronte LC10. La Fronte 1967 dispose d’un style bien à elle qui lui vaudra le surnom de “Daruma”, une poupée japonaise alors en vogue. Elle disposait de suspensions indépendantes, d’un moteur deux temps de 356 cm3 à trois cylindres refroidi par air, également appelée LC10. Toute cette cavalerie était confiée à une transmission manuelle à 4 vitesses, synchronisée sur les 3 premiers rapports. Originalité, le moteur était placé transversalement à l’arrière. Les Kei (ces petites voitures japonaises qui existent encore aujourd’hui et répondent à certaines normes d’encombrement et de cylindrée) s’étaient en effet toutes mises au moteur à l’arrière. 

Répondre à la Subaru 360 

La Fronte 360, aussi appelée LC10 parfois, est lancée en mars 1967 pour remplacer la Suzulight Fronte précédente. Cette nouvelle citadine venait en réaction du succès de la Subaru 360, une voiture dont nous allons très bientôt vous parler sur Road-Story. Le 360 faisait référence à la cylindrée de 360 ​​cm3. Sur le marché intérieur japonais, la Fronte venait chercher des noises à la Mitsubishi Minica , à la Daihatsu Fellow et à la Subaru 360. Mais en Europe, c’était une toute autre histoire. 

Quand le marketing s’en mêle 

Au Japon on présente la Fronte aux concessionnaires le 27 mai 1967, et le succès est immédiat. La production prévue à hauteur de 3000 exemplaires par mois, est vite triplée. 
Sur le vieux continent par contre,  personne ne connaît Suzuki et ceux qui connaissent la marque n’ont pas l’intention d’en acheter. Les produits japonais commencent à peine à arriver, dans l’électronique notamment, mais il ne viendrait à l’idée de personne d’acheter une caisse japonaise. Pour faire connaître sa petite dernière, le service marketing de Suzuki a alors une idée. Il faut montrer le produit, et prouver qu’il est fiable et performant. 

    La Fronte 360 SS, version "sportive"

Stirling Moss à la rescousse 

Le plan est simple. On organise un road-trip à travers l’Italie avec la Fronte SS de 36 ch fraîchement sortie. C’est la version sportive de la petite Suzuki. La SS était la keicar la plus rapide jamais sortie. Imaginez donc : elle pulvérise le 400 m départ arrêté en seulement 19,95 secondes et en plus elle était équipée d’un compte tours ! Rien que ça. On confie deux exemplaires à deux pilotes connus qui devront parcourir les 746 kilomètres de l’autoroute du soleil séparant Milan de Naples. Tout ça doit se faire devant un parterre de journalistes et “pied dedans” pour montrer à quel point la Suzuki Fronte envoie du lourd. Pour le Japon, le pilote moto de la marque, (lire aussi Essai moto Suzuki Katana ) Mitsuo Itoh sera chargé de piloter la voiture beige. Pour l’europe, c’est carrément Stirling Moss qui se voit confier une Fronte rouge. Le légendaire “Champion sans couronne” accepte de sortir de sa retraite sportive pour cette petite pige qui ne saurait nuire à sa réputation. 

Direction le sud ! 

Il fait 23 degrés dans l’air ce matin sur Milan. Sur une place en centre ville, un petit attroupement s’est formé autour de deux petite voitures, une rouge et une crème. Deux hommes déplient une carte routière sur le capot d’une des deux voitures. Stirling Moss, champion automobile et Mitsuo Itoh, employé à vie de Suzuki, et vainqueur notamment de l’Isle de Man TT, la légendaire course moto. A l’heure dite, Stirling Moss pose sa signature au gros marqueur blanc sur le capot de sa Suzuki Fronte. Les deux hommes se font signe, c’est parti. Direction Naples, 750 km plus au sud. A fond.  

L’autoroute du soleil levant 

Le bruit caractéristique du moteur deux temps vient percer la brume matinale qui recouvre encore Milan en ce début de matinée. Les deux petits bolides partent à vive allure direction l’entrée de l’autoroute, celle qu’on appelle ici “Autostrada del Sole”. Les deux bolides se suivent de près, le japonais et l’anglais se doublent, puis se redoublent sur l’autoroute pour s’occuper. Il faut dire qu’ils sont pas arrivés les mecs. Sur le tableau de bord de la Fronte 360 SS, le compteur s’affole, et flirte même avec les 130 km/h. Carrément ! 

Tous les chemins mènent à Rome 

On rigole, mais le ruban de bitume se déroule sous les roues de caddie des deux Suzuki à un bon rythme. Le passage au niveau de Rome se fait seulement 4h27m après le départ. Ce qui donne, sur les 550 premiers kilomètres, la moyenne de 125 km/h. La puissance des bolides étant modeste, les deux pilotes adoptent une technique qui vaut ce qu’elle vaut. Les deux Suzuki se suivent de près, pour permettre à la seconde de bénéficier du phénomène d’aspiration. Ca change rien à la vitesse de la voiture de tête mais ça permet au moins à la deuxième voiture de moins forcer et par conséquent de moins chauffer aussi. Manquerait plus qu’une des deux tombe en panne… 

Mission accomplie 

Au terme des 746 kilomètres, les deux pilotes arrivent à Naples avec une vitesse moyenne de 122,44 km/h. Une performance on ne peut plus respectable pour une voiture avec un aussi petit moteur. La Fronte n’est pas devenue un best-seller en europe. Déjà très difficile à trouver au Japon, elle fait carrément figure d’ovni en europe. La voiture ayant servi au record avec Moss au volant est actuellement au musée de Suzuki à Hamamatsu. A priori personne ne sait ce qu’il est advenu du second véhicule conduit par le pilote japonais. Aujourd’hui Suzuki est présent sur toute la planète (voirSuzuki XL7) et la marque vend 30 000 voitures par an rien qu’en France. (lire Le débarquement en Jimny). Mais le constructeur reste fidèle à sa devise “Faire de grandes choses avec de petites voitures”. 

 

Nicolas Laperruque 
 

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