19 août 2020

Le bloc de l’Est dans le rétro des Trabant, Zaporojets, Lada sur ARTE (disponible dans l'article)

Le régime soviétique est vu avec humour à travers l’histoire de ses voitures d’Etat, et de leurs propriétaires nostalgiques dans un très joli documentaire en ce moment sur Arte, disponible en replay. 

Dix ans de délais de livraison pour une Trabant ou une Lada, jusqu’à vingt ans pour une Wartburg. Durant la guerre froide, ces attentes ne rebutaient pas les futurs acquéreurs de voitures d’Etat dans l’ex-bloc soviétique, tant elles représentaient, pour eux, un bien rare : la liberté. Une patience moquée, à l’époque, lors d’un discours – très drôle – du président américain Ronald Reagan, devenue inimaginable aujourd’hui, surtout en France, où la voiture est de plus en plus synonyme d’interdictions.


Pour expliquer l’impensable, les réalisateurs Georgi Bogdanov et Boris Missirkov ont choisi de rencontrer les propriétaires de ces voitures rudimentaires parées, avec le temps, des atours du temps révolu. Ils portent au passage un regard amusé et décalé sur la propagande du bloc soviétique, dont l’industrie automobile était l’un des vecteurs. Le ton résolument humoristique et la scénographie « vintage » font de l’ensemble un divertissement intelligent pour tous.

La célèbre Trabant ouvre ce défilé singulier et permet d’aborder, entre autres, les conséquences de l’invasion de la Tchécoslovaquie par les forces russes en 1968 sur le secteur.

Moins célèbres, les Zaporojets méritent toutefois notre attention. En 1966, le lancement enthousiaste d’un modèle « si moderne, si élégant » par un journaliste russe prête à sourire, tant le véhicule semble rudimentaire… Quatre décennies plus tard, un passionné déboursera pourtant 12 000 dollars pour acheter quatre jantes d’un modèle 3A3-965. La raison est simple : les souvenirs qui le lient à cette voiture n’ont pas de prix.

Il n’est pas le seul. Sur fond de pin-up, de bande-son sixties et de publicités kitsch, les histoires et anecdotes personnelles se succèdent. Comme celle de la grand-mère de Kristine, qui a enterré un tracteur pour le soustraire aux « fascistes »… avant de le déterrer, une fois le danger écarté, et de le remettre en marche. Ou encore celle de ce pilote de rallye des années 1960, le Norvégien John Haugland, qui formait, avec son copilote Arild Antonsen, la meilleure équipe internationale de l’écurie de la marque tchécoslovaque Skoda.

En Allemagne, Marion, dentiste, et son futur mari ont rusé dans leur jeunesse pour acquérir leur première Wartburg rouge sans attendre « quinze à vingt ans » et pouvoir fuir, en 1989, jusqu’à Prague.

Sombre affaire de famille
En Bulgarie, Tania a les larmes aux yeux lorsqu’elle évoque la sombre affaire de famille qui a permis à son mari de récupérer la Moskvitch de son oncle ; le conducteur d’une Lada 2106, 80 CV, vante de son côté ce « premier modèle avec appuis-tête » choisi par la Volkspolizei de RDA.

C’est toutefois une autre Moskvitch, la E-1500, acquise par deux Saint-Pétersbourgeois trentenaires, qui tient la vedette. Tellement rudimentaire que le constructeur les mettait au rebut plutôt que de les réparer. Devenu, de fait, rarissime, ce modèle a la particularité de posséder une suspension pneumatique, qui lui permet de se hausser, un peu à la façon des DS françaises des années 1960, mais pneu après pneu, dans un roulis-tangage qui donne l’impression que la voiture exécute un exercice d’aérobic.

La chute du mur de Berlin, le 9 novembre 1989, puis celle du bloc de l’Est feront passer les voitures « socialistes » du statut de caisses à savon à celui d’objets de convoitise. Comme une revanche.

L’Automobile sous le socialisme, de Georgi Bogdanov et Boris Missirkov (All.-Bul., 2019, 52 min). Disponible en replay sur Arte.tv jusqu’au 20 septembre.

 

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