21 mars 2020

Skoda 1100 OHC Nous avons essayé ce missile Tchèque et c'était jouissif

Skoda a une longue et riche histoire sportive. Pourtant il y a un engin que vous ne connaissiez surement pas qui a survécu à bien des turpitudes. La Skoda 1100 OHC représentait tous les espoirs de l’Est en 1958. Nous avons retrouvé cet exemplaire unique et même joué avec sur une ancienne base de la RAF pendant toute une journée. Direction l’angleterre, pour une belle découverte.  

London Calling

A notre arrivée à l’aéroport d’Heathrow, je redécouvre avec joie cette ambiance typiquement Londonienne. A mon grand plaisir, les bus rouges à Impériale font toujours partie intégrante du décor. Si les célèbres Routemaster AEC ont depuis longtemps disparu, ils ont laissé place à des modèles néo-rétro à motorisation hybride. Mais ce qui fait vraiment plaisir c’est de voir que les Taxis Londoniens sont encore présents en nombre, pas encore tous remplacés par de vulgaires Mercedes Vito ou Nissan camionnettes. Les chinois ont racheté la marque et le concept et ont présenté dernièrement une version électrique. London is not dead ! 

Rendez-vous est pris sur le parking où je découvre nos montures du jour. Impossible de ne pas jeter son dévolu sur l’unique Octavia RS entièrement stickée aux couleurs historiques de la 130 RS, gagnante du Monte Carlo 1977. 


Il y a autre chose qui n’a pas changé ici c’est la conduite à gauche. Je me lance dans la jungle Londonienne avec une certaine fébrilité. Finalement passé quelques minutes d’adaptation, on se fait rapidement à conduire du mauvais côté. Le vrai danger c’est quand le naturel prend le dessus. Regarder du mauvais côté à un carrefour, s’engager à l’envers sur un rond point ou oublier une priorité ne sont pas exclus. Le vrai conseil c’est quand même d’avoir un copilote. Celui ci pourra vous remettre dans le bon chemin et aussi, détail qui peut avoir son importance, vous indiquer si il est possible de doubler ou...attraper le ticket de parking ou de péage ! 

De Mladà Boleslav à Londres 

Avant de prendre possession de notre beauté de l’est, il convient de faire un petit point historique. Après des débuts remarqués lors d’une course à domicile sur le circuit municipal de Mladà Boleslav, la barquette enchaîne les victoires aux 4 coins du pays. Il faudra attendre l’année suivante pour que son pilote attitré, Miraslav Fousek franchisse la frontière. Lors du Grand Prix de Leningrad, il bat les meilleurs compétiteurs Russes chez eux.  La 1100 OHC sera la pièce maîtresse du programme sportif du constructeur Tchèque jusqu’au début des années 60 et sera alignée en compétitions jusqu’en 1962. Deux exemplaires du Spider sont alors remises à l’usine, l’une servant de donneuse de pièces de rechange à l’autre. 

Coup de foudre 

Au cours de l’hiver 1968, Martin Svetnicka, un étudiant anglais d’origine Tchèque retourne au pays pour les vacances. Au cours de sa visite du département sportif de Skoda, il tombe en admiration devant le prototype rouge qui se laisse mourir au fond de la cour de l’usine. Il manque des pièces à l’engin, il est oublié et laissé à l’abandon dans le gel depuis des années. Contre toute attente, chez Skoda on accepte de lui vendre la voiture contre une poignée de couronnes Tchèques. Un petit garagiste local aide Martin à remettre en route la voiture et celui ci décide de rentrer en Angleterre à son volant.  

Achtung ! 

Nous sommes en hiver, la voiture ne possède ni pare brise, ni chauffage, ni toit, ni coffre. Le trajet se passe bien jusqu’à la frontière allemande où les douaniers mettent la voiture en fourrière faute de papiers. Notre aventurier doit prouver sa bonne foi. Il contacte l’usine Skoda qui doit attester lui avoir effectivement vendu le véhicule. Ca prend des jours mais finalement Martin peut repartir. 

Ultimatum 

Mais il n’est pas rendu au bout de ses peines, à peine libéré, la voiture tombe en panne. Le seul garagiste du coin refuse d’y toucher. Finalement devant l’insistance du pilote à moitié congelé, le garagiste accepte le gardiennage de l’engin pendant un mois, pas un jour de plus. L’aventurier revient avec un plateau et un ami et c’est ainsi que la Skoda 1100 OHC arrivera finalement sur le sol anglais. 

De mains en mains 

Devant l’impossibilité de trouver des pièces, l’absence de documentation, de temps et de compétences, Martin admet finalement son incapacité à restaurer la voiture et la vend en 1972 au Midland Motor Museum. La Skoda attendra son tour 15 ans au fond d’une réserve. Après une énième revente, l’engin atterrit dans la collection Rabagliati, qui la restaure selon les règles de l’art et participe en 1989 au réputé Norwich Union Classic Car Run. En 1998, la voiture est mise en vente aux enchères chez Brooks Auction à Londres. Skoda UK se porte acquéreur de l’unique exemplaire survivant de 1100 OHC pour la somme de 46 600 livres. 

Bicester Héritage, 9AM 

En matière d'automobile, les belles choses ne sont jamais décevantes. C'est un vrai plaisir de se faire caresser la rétine par le dessin pur et rationnel de cette beauté slave. Tous les pilotes vous le diront, une belle voiture de course est toujours plus efficace qu'une voiture aux lignes torturées, imaginez alors qu'en plus elle soit rouge. Demandez à un enfant de dessiner une voiture de course, elle ressemblera certainement beaucoup à celle ci, malgré ses 60 printemps.

Notre 1100 OHC est unique et elle coule une retraite dorée.  Elle roule régulièrement, bichonnée par des techniciens et mécaniciens passionnés, qui veillent sur elle comme sur un jouet précieux. On aurait pu tomber sur des enfants capricieux qui ne prêtent pas leur jouet préféré mais les Anglais malgré tous leurs défauts, ont une qualité : ils savent qu'une bagnole est faite pour rouler plutôt que de prendre la poussière.

Si il est de notre devoir d'attaquer les sujets de sa majesté sur leur bouffe immonde, leurs volants du mauvais côté, leurs prises de courant bizarres, leurs supporters de football, et leur volonté de récupérer la tapisserie de Bayeux, il est deux sujets sur lesquels ils sont inattaquables : le respect des traditions et leur amour démesuré de la chose automobile.  

Royal Air Fun 

Elle roule régulièrement, bichonnée par des techniciens et mécaniciens passionnés. A notre arrivée sur la piste, la belle nous tend les bras.  Il tombe des seaux d’eau, mais on nous explique avec un large sourire qu'on dispose de la barquette pour la journée. J'enjambe la carrosserie du petit bolide rouge, pied droit posé sur la structure tubulaire. Je me tiens d'une main à l'appuie tête tandis que mon pied gauche vient se poser à son tour sur le tube traversant l'habitacle.

Je me retrouve avec les baskets sur les pédales et un genou de chaque côté d’un volant à la jante incroyablement fine. Je passe la troisième à l’arrêt puis tout de suite la première pour ralentir l’arbre de transmission et démarrer sans faire craquer la boîte. 


La Skoda, hoquette, tousse, hésite, comme pour me faire comprendre qu’une  voiture de course c'est fait pour monter dans les tours. Le second rapport passe avec la précision et la rapidité d'une DSG flambant neuve, j'entame  le premier S avec un oeuf frais sous le pied. Au bout de la ligne droite, j’opte donc pour le double débrayage afin de rétrograder en douceur et éviter le blocage de roues arrière. 

Leçon de pilotage 

Après le deuxième passage devant la tente blanche, j’ai pris pleine possession du bolide. Place au plaisir. Et ici le mot est faible, tant la piste est une vraie patinoire, surtout avec des roues de caddie. Rapidement je commence à entamer une série de dérives du train arrière, rattrapées académiquement par de petits contre braquages et de petits coups de gaz.

Je redécouvre le plaisir de pilotage d’un karting. Le pilotage à l’état brut. A l’époque la 1100 OHC développait 93 chevaux à 7700 tours/minute avec une zone rouge à 8500. Ca peut sembler modeste mais pour l’époque c’est beaucoup et surtout avec son poids record de 550 kilos, cela donne le même poids/puissance qu’une Octavia RS 245 chevaux ! 

Un gros kart 

J’imaginais une voiture inconduisible, je me retrouve avec un gros kart. Malgré l’apparente facilité, la vigilance reste de mise. Les réactions sont parfois brutales, le freinage est très très moyen, et la largeur des 4 pneus rappellent l'âge de la Skoda. Chaque passage de rapport doit être mûrement réfléchi, chaque entrée de virage finement dosée et chaque freinage en bout de ligne droite largement prémédité et calculé. Les tours s’enchaînent, d’autant que les Anglais n’ont pas l’air décidé à interrompre mon tour de manège, à chaque tour j’ai le droit à de grands pouces levés, comme pour m’encourager à taper dedans encore et encore. La piste, tracée sur une ancienne piste d'atterrissage n’est pas très technique, il convient juste de faire attention à son revêtement qui a l'âge des bâtiments. Après une petite dizaine de tours, je sais où sont les trous. 

“Plus cette barquette est cravachée, mieux elle marche” 

Tour après tour, j’augmente la cadence, j’arrive désormais en bout de ligne droite à fond de 4 et retarde tour après tour mon point de freinage. Les vitesses de passage en courbe et le point de décélération évoluent après chaque passage et je me rend compte d’une chose. Plus cette barquette est cravachée, mieux elle marche. Le moteur est hyper rageur et monte dans les tours avec une facilité incroyable, laissant place à une belle poussée.  La bande son du moteur est à la hauteur, et vient renforcer le caractère unique de l’expérience.  


De temps en temps le crachin cesse et une violente averse vient taper sur mon casque. Bien calé sur mon siège, sans ceinture de sécurité ou harnais, assis sur ce cercueil roulant, je me met à penser à ces pilotes des années 50 qui courraient en peloton au volant de ces bombes remplies de carburant. Il suffit d’observer la position de conduite pour comprendre que le moindre tonneau serait fatal. On se dit que si par miracle le choc ne tuait pas le pilote, l’incendie qui ne manquerait pas de se déclarer s’en chargerait. 

Pour le plaisir

 Difficile de dresser un bilan objectif après avoir piloté un engin aussi atypique et rare pendant toute une après midi. On en ressort avec la certitude qu’aucun ESP, ABS ou contrôle de trajectoire n’approchera jamais le plaisir ressenti au volant d’un engin comme celui ci. L’apparente simplicité de conception de l’engin peut être trompeuse. Nous avons passé la journée à nous extasier devant l’ingéniosité des concepteurs de l’époque. C’est construit intelligemment, avec plein de bon sens et surtout avec des technologies qui n’avaient rien à envier à celles de l’Ouest. 

Nicolas Laperruque 
 

 

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