10 novembre 2019

De Leotard, l'obsession des 6 roues

Road-Story En règle générale les motos ont deux roues et les voitures quatre. Pourtant il existe des exceptions à la règle et parfois l’exception vire à l’obsession. C’est le cas de Christian de Leotard dont la vie sera consacrée à la transformation de vulgaires 4 roues en 6 pattes. 

L’apprentissage 

“Baladez vous aujourd’hui au volant d’une Ferrari, une Porsche Turbo, ou une Rolls. Personne ne vous remarque, ou vous ferez figure de play-boy sur le retour. En revanche, avec une Renault 5 six roues, toutes les têtes se retournent sur vous”. Ces mots sont la réponse de Christian de Leotard, un jour où  un journaliste lui demanda pourquoi il transformait tout ce qui roulait en 6 roues. 

L’histoire commence en 1978. Christian part alors en stage en Angleterre chez Land Rover. Il découvre alors le monde des 4x4, et devient alors passionné par les transmissions en tous genres. La mission qu’on lui confie consiste à travailler sur un projet de Range Rover à 6 roues. C’est la première rencontre de Christian avec le monde des 6 pattes, le jour où il tombe dans la marmite. 

En rentrant il collabore au sein de l’ADPT “Application Des Procédés Tissier”, société de Pierre Tissier basée à côté d’Orly. Il travaille alors sur une DS 23 rallongée à 6 roues. C’est également ici qu’il développe des CX un peu spéciales. Ces breaks surélevés et allongés sont utilisés par la presse écrite. Toutes les nuits, on y charge jusqu’à 3 tonnes de journaux français fraichement imprimés à destination de Bruxelles. La légende dit que pour permettre aux belges et hollandais de découvrir les journaux français au réveil, le break CX roulait à une vitesse de croisière de 170 km/h. 

L’obsession des 6 pattes 

Après cet apprentissage un peu spécial, le facétieux de Leotard décide de voler de ses propres ailes. Il crée la société ADPL “Applications Des Procédés Leotard”. On ignore si le nom de la société rend hommage à Tissier ou est destiné au contraire à l’énerver. 
Son premier projet en solo sera d’appliquer les 6 roues à la dernière née de la régie Renault, la R5. Grâce à la société Simpar, spécialiste des 4 roues motrices qui lui met à disposition le matériel nécessaire, il met au point et fabrique cette première R5 à 6 roues en quelques mois à peine. 
Le résultat est impressionnant avec une longueur portée de 3,50 à 4,21 mètres de long et un poids contenu à 980 kilos la 6 pattes à du style. Vraiment impressionnante, son profil est inimitable. Le chassis est renforcés par des tubes carrés montés en parallèle sur les longerons. Selon le constructeur, la tenue de route est “améliorée de 70%” et le freinage, grâce aux 6 disques, de 33 % par rapport à la R5 ts de série. 
Ainsi transformée, la R5 TS devient un engin spatial non identifié, transformation que le créateur facture alors 40 000 francs de l’époque. 


La R5 six roues participera au Paris-Dakar 1980. Même si l’équipage de Leotard/Dumortier abandonne, il  raflent avant tout de belles retombées média qui donneront un vrai coup de pouce à l’aventure. 
Car évidemment notre fils de bonne famille converti à la transformation automobile ne s’arrête pas à ce coup d’essai. En 1984, il s'attaque au Dakar avec un Mercedes Classe G modifié par ses soins. Il reviendra en 1985 et 1986 avec de monstrueux breaks 190 6x4 et 6x6. 


Quand Christian ne dévore pas les pistes d’Afrique il revient à ses premiers amours. Suite à un Dakar parcouru avec une R5 Alpine 6x6, et pour remercier un des directeurs de Renault, il décide de mettre en chantier une R5 Turbo un peu spéciale. Celle ci est modifiée par rapport aux premiers modèles Renault déjà modifiés. Il n’y a à l’époque pas de modèles Renault à transmission intégrale et donc pas de mécaniques disponibles pour la transformation. La transmission Simpar est jugée trop fragile pour la puissance de l’engin, mais de Leotard a la solution. Il décide de mettre deux moteurs dans la Renault 5 Turbo 6 roues. Chaque moteur entraîne une paire de roues, ceux ci fonctionnant soit en alternance soit en même temps. 

Reconnu dans le monde entier 

Tout au long de sa carrière, de Leotard, malgré un esprit libre ne se prenant pas au sérieux parviendra à exporter son talent au delà des frontières hexagonales. Dans les années 80 il commercialise au Moyen orient une déclinaison des Classe G en 6x6 ou 6x4. Ces transformations sont facturées environ 600 000 francs de l’époque. Quand on voit aujourd’hui le succès dans ces pays des Mercedes Classe G 6 roues préparés par Brabus ou AMG, on se dit qu’il avait tout compris et qu’il était juste en avance de 30 ans. D’ailleurs il est bon de rappeler que quand en 1986 de Leotard commercialise son Mercedes 190 à 6 roues, il fait partie des 3 préparateurs alors reconnus par la marque de l’étoile avec AMG et Brabus. 
Une des dernières créations du Jurassien sera la transformation du placide mais increvable Citroen C15. Développé par de Leotard et industrialisé et construit par le carrossier Chausson, ce C15.6 sera présenté en 1989. La charge utile atteint alors 1000 kg, le volume de chargement passe de 2,7 à 4,2 m3 et les distances de freinage sont raccourcies. Devenant la seule petite camionnette à 5 places grâce à sa banquette arrière n'impactant pas sur le chargement, elle fera le bonheur des artisans et administrations. 

Difficile de savoir combien de véhicules seront transformés par de Leotard pendant toutes ces années. Surement plusieurs dizaines et assez pour nous faire dire qu’une voiture n’a pas forcément 4 roues. 

Pour ceux qui veulent creuser le sujet, je conseille l'excellent site http://www.sixmania.fr/ 

Nicolas Laperruque 

       

 

 
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