03 mai 2020

UAZ Simbir, le 4x4 qui a achevé De Tomaso

De Tomaso, vous connaissez surement. Mais aujourd'hui on va vous parler du dernier projet de la marque, celui de trop certainement. Quand la vénérable marque italienne de voitures de sport décide de s'allier à un constructeur russe de 4x4, en embarquant avec elle un moteur Iveco, des subventions de l'état et l'importateur des Lada en France. 

Retrouvez la version audio ( Podcast de cet article à la fin de cette page )

3 poneys malades ne font pas un cheval de course

Au début des années 2000, l’industrie automobile Russe ne s’est toujours pas remise de la fin de l’économie planifiée, de l’apparition de la concurrence et doit encaisser une crise économique sans précédent. UAZ (littéralement Usine Automobile d’Oulianovsk),  le plus petit des “Big Three” Russes cherche des solutions pour exporter et trouver un second souffle. Son nouveau modèle, le Simbir, doit permettre de faire rentrer des liquidités et chez les Russes on se prend à rêver de faire son trou sur le marché Européen. Quand je dis “nouveau modèle” il faut le comprendre au sens Russe du terme. Le UAZ 3162, nom officiel du Simbir (Léopard en Russe), version longue du 3160, ayant été présenté en… 1993. La commercialisation a certes débuté en 1997 mais en 2000 elle commence à peine à prendre son rythme de croisière.

De Tomaso, la panthère fatiguée 

A quelques milliers de kilomètres de là, à Modène, le constructeur de voitures de sport De Tomaso n’est plus que l’ombre de lui même. Il est incapable de renouveler ses modèles et dispose d’une usine géante et largement sous exploitée. On a bien dans les cartons deux projets de nouvelles Pantera et Vallelunga mais aucune des deux sportives n’a dépassé le stade de la planche à dessin. On produit de temps en temps une Guara mais les commandes sont de plus en plus espacées. 
Plus près de chez nous, la société Lada France, émanation de feu le réseau Poch cherche aussi des solutions. Les voitures Russes, victimes de la concurrence low cost souvent coréenne, de l’absence d’évolution et d’une réputation discutable, ne se vendent plus. A Togliatti, la maison mère semble avoir oublié l’existence de cette filiale et les journées commencent à être longues. Chez De Tomaso, on fait déjà des plans sur la comète.

Mécano Russo-Italien

Vous la sentez venir la mauvaise idée? Vous avez raison. Une rencontre aura lieu entre les Russes de chez UAZ et Alejandro de Tomaso en 2000. Il en ressort une idée qui sur le papier pouvait sembler bonne. Faire venir de Russie des châssis UAZ, les peindre correctement, réajuster quelques boulons baladeurs et y ajouter un moteur Diesel moderne. Tout cela devant se faire au sein de l’usine De Tomaso de Modène, gage de prestige et de Made in Europe rassurant pour une clientèle de plus en plus exigeante. Le choix se porte sur un moteur Turbo Diesel en provenance du fabricant Italien de moteurs Diesel VM.
L’accord est scellé bien plus tard, début Avril 2002, avec des ambitions solides. L’idée n’est plus d’assembler les modèles dans l’usine de Modène mais carrément de bâtir une usine flambant neuve à Cutro, dans le sud de l’Italie. Le moteur VM est finalement remplacé par un bloc Iveco common rail de 2 litres délivrant 116 chevaux pour un couple de 270 Nm. On annonce une production de 200 exemplaires d’ici fin 2012 dans l’usine de Modène puis progressivement jusqu’à 20 000 exemplaires  par an dans la future unité de production. Certes dans un autre communiqué, les 20 000 exemplaires sont devenus l’objectif total sur 5 ans mais personne ne semble relever ce réajustement. Quand certains posent la question du financement de la nouvelle usine, on répond que la région, le pays, l’union européenne sont prêts à financer l’opération. Partout en Europe on prend contact avec des importateurs et des accords sont scellés avec l’Italie, l’Espagne, le Portugal, la Grèce,  et la France par le biais de Lada France.

Un “grand intérêt” pour le modèle

Chez Lada France on voit dans ce modèle la perspective d’une diversification de la gamme. On connaît les voitures Russes et on a une clientèle de fidèles du Niva qui seront sûrement ravis de “monter en gamme” avec un véhicule plus gros, plus puissant et tout aussi rustique. Je vous parle d’un temps où la marque Russe disposait d’un stand au Mondial de l’Automobile. Justement l’édition 2002 se profile avec son million et demi de visiteurs promis. On saute donc sur l’occasion pour faire découvrir le Simbir à une foule en liesse qui n’en attendait sûrement pas tant.
Pour ne pas brouiller encore plus l’image de marque de Lada et éviter de se fâcher avec les Russes présents sur le stand Lada, le Simbir disposera de son propre espace. Ce stand nu d’à peine 30m2, situé un peu plus loin dans une allée peu fréquentée, peut paraître modeste avec son Simbir vert foncé trônant sur la moquette cheap,  peu mis en valeur par une lumière blafarde. Chez Lada on a quand même imprimé quelques cartons de catalogues. Une fiche technique recto-verso dans le pur style des éditions Lada France, kitsch, efficace et sobre. L’objectif prudent étant de “sonder les réactions du public”, sans autre précision. Pas d’hôtesse,  ni même de commerciaux sur-entraînés, mais un gars semblant trouver le temps long. Je vous en parle comme si j’y étais, parce que j’y étais.
Après avoir observé pendant de longues minutes la bestiole j’avais demandé quelques renseignements au gars chargé de surveiller le stand, sans succès. Je me rappelle de la réflexion de ce préposé à “l’étude des réactions du public” : ”je suis là depuis une semaine et vous êtes le premier à me poser des questions”. Content de ce premier contact fructueux, je demande à grimper dans le Simbir, mais j'obtiens une fin de non recevoir “c’est un prototype vous comprenez, on peut pas monter dedans”. Le “prototype” qui n’était rien d’autre qu’un UAZ Russe parfaitement de série, fini à la truelle et peint par l’équipe de nuit des alcooliques anonyme d’Oulianovsk ne restera pas dans l’histoire des concept cars de salon.

Optimisme de rigueur 

Après le Mondial, chez Lada France on réunit les concessionnaires pour une présentation au réseau. L’optimisme est de mise. Les catalogues sont distribués, apparemment il en reste suite au Mondial, et on affirme que les réactions sur le stand UAZ ont été très bonnes et que le Simbir a rencontré “un grand intérêt”. On annonce une commercialisation autour de 18 000 euros. Autant dire qu’après cette démonstration de force, chez Toyota et Land Rover on dû peiner à trouver le sommeil.

Lettre aux fans 

Fin 2002, à l’occasion des vœux de fin d’année, Claudia Lodi de chez De Tomaso, adresse une lettre au fan club Suédois de la marque. Nous avons pu nous  procurer ce courrier :

L’année 2002 a été plein de satisfactions pour De Tomaso. Concernant la De Tomaso Guara, nous avons trois nouveaux importateurs en Europe: l’Autriche, la Suisse et Italie. En ce qui concerne le UAZ Simbir, le moteur n’est plus un VM anonyme mais un Iveco Common Rail 116 HP, 2300 cc. Il y a un eu un grand intérêt pour ce véhicule au Mondial de l’Automobile de Paris. Nous sommes actuellement en train de construire les premiers prototypes. Nous attendons l’aide financière du gouvernement pour construire une nouvelle usine dans le sud de l’Italie pour De Tomaso et la Production UAZ. Le projet de New Pantera et New Vallelunga se poursuit. Nous espérons que la nouvelle année  sera encore plus positive que 2002, aussi merci Pour votre aide. Cordialement, Claudia Lodi, De Tomaso Modena SPA

Le projet va droit dans le mur

En clair, le projet n’a pas avancé d’un iota et chez De Tomaso, les aides promises tardent à arriver. On a visiblement vendu 3 Guara et on espère se sortir du bourbier l’année prochaine. D’ailleurs on a gardé les dessins des futurs modèles comme preuve de notre foi en l’avenir.
Au même moment en Russie, le UAZ est déclaré officiellement “véhicule dangereux” suite à un crash test effectué aux normes Euro-Ncap. Le Simbir lancé à 64 km/h contre un mur n’a pas apprécié le traitement. Le pare brise s’envole, le 4X4 se plie comme une canette de Coca, le mannequin en plastique meurt sur le coup, mais plus grave et inédit dans l’histoire des crash-test, la carrosserie se fait la malle en se désolidarisant du châssis! Voilà qui sera de nature à rassurer les potentiels investisseurs ou acheteurs.

L’agonie

Mais pour De Tomaso, le pire est à venir. Le 21 mai 2003, son fondateur Alejandro De Tomaso s’éteint, à l’âge de 74 ans. La succession n’est pas prête et l’usine moribonde est cette fois ci à l’arrêt total. La société ne lui survivra que quelques mois. Fin du projet d’un UAZ Italien ? Si vous lisez régulièrement Road-Story,  vous savez que souvent les projets les plus improbables sont souvent les plus longs à mourir.

Cuisine Italienne 

Alors que tout le monde avait oublié cette histoire de tout terrain Russe, nouveau rebondissement en 2005. On annonce dans la presse économique Transalpine que le projet n’est pas mort. Mieux après 3 ans d’attente, le 21 janvier 2005, la commission européenne donne son feu vert à l’aide de l’état Italien de 81 des 136 millions nécessaires pour la construction de la nouvelle usine. Les restes de De Tomaso devant être rachetés par un fond anglais d’investissement “dans les prochains jours”, ces derniers financeront les 55 millions manquants.  On promet la signature, au plus tard en février, d’Isabell Haskell, veuve et unique héritière du fondateur de la marque.

Le président de la Région Calabraise en rajoute une couche en promettant 9 millions destinés à l’embauche et la formation des employés. Il ajoute qu’évidemment les futurs modèles De Tomaso, encore à l’état de maquette dans l’usine de Modène accompagneront bientôt le Simbir sur les chaînes de montage. Le miracle n’aura pas lieu évidemment. Aucun investisseur, fut-il Anglais, ne signera le chèque, aucune usine ne sortira de terre et finalement jamais aucun Simbir ne sera produit sur le sol européen.

La dernière magouille 

Flairant surement le bon coup Gian Mario Rossignol, un investisseur Italien tente de relancer De Tomaso en 2009 . Un concept car de De Tomaso Deauville est même dévoilé au salon de Genève 2011. Le ministre du développement économique sort le portefeuille contre la promesse de renaissance de la marque. Mais quand ça veut pas ça veut pas et le rossignol finira en cage après s’être évaporé avec la caisse, sans jamais avoir produit une seule voiture. Depuis, le nom De Tomaso refait régulièrement surface apposé à des projets tous plus foireux les un que les autres. Dans l'usine aussi le fantôme semble roder. 

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Nicolas Laperruque 

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