25 mars 2020

Vector, le constructeur de tous les superlatifs

Les années 70. À la télévision, les dessins animés débarquaient de l’empire du soleil levant, et les séries américaines battaient leur plein. Dans les chambres d’ados, les posters de voitures tapissaient les murs. Parmi les affiches de Lamborghini et Ferrari, un petit constructeur fascinait la nouvelle génération : Vector. Road Story vous raconte l’histoire de cette marque peu conventionnelle.

 

La fin des années 70 marquait un changement radical en matière de design. Adieu les rondeurs des années 60, place à la simplicité des lignes tendues. Dans un paysage jusque-là plutôt calme allait naître tout un tas de petits constructeurs pleins d'ambition. Les premiers préparateurs pointaient déjà le bout de leurs capots, et une entreprise américaine pleine d’espoir voyait le jour : la Vector Motors Corporation. En 1971, Gerald Wiegert vient de terminer ses études universitaires et fonde Vehicle Design Force.

Sketch de Gerald Wiegert pendant ses études

 

Lee Brown, un expert en carrosserie, est recruté pour mener à bien le projet de Wiegert : construire une voiture capable de rivaliser avec les Ferrari et autres Lamborghini. Plusieurs motorisations devaient être proposées, y compris un bloc Porsche. La première apparition publique d'une Vector se fait au Los Angeles Auto Show de 1976, bien qu'une couverture du magazine Motor Trend daté d’avril 1972 présentait déjà le concept. Lee Brown quitte le navire en 1977 et Wiegert renomme son entreprise Vector Aeromotive.

Deux Vector W2 de développement

 

Dix ans pour voir arriver le premier modèle de série

En 1978, un nouveau concept est présenté au public, nommé W2. Les modèles de Vector commencent tous par un « W » (pour Wiegert), suivi d’un nombre. Si le nombre est précédé d'un « X », il s’agit d’un prototype. L’année suivante, un exemplaire roulant est assemblé pour effectuer des tests. Le véhicule parcourt plus de 100 000 miles (l'équivalent de 160 000 km). La couverture médiatique se montre à la hauteur des performances annoncées par le constructeur. La W2 fait le tour des salons internationaux, est testée par le magazine américain Motor Trend, et l’émission Top Gear lui consacre un sujet. Pour son modèle, Vector annonce une vitesse de pointe de 242 mph (389 km/h !). Sous le capot, la W2 abrite un V8 5.7l d’origine Chevrolet développant plus de 600 chevaux pour 800 Nm de couple. La version de série de la W2 est finalement prête à entrer en production en 1989 sous le nom de W8. Une célébrité se glissera même derrière son volant, en la personne d'Andre Agassi. En 1991, Vector prête une W8 noire au tennisman, mais celle-ci passera plus de temps à l'atelier que sur la route...

Andre Agassi aux côtés d'une W8

 

Article paru dans un magazine français

 

Une W8 fait une apparition dans le film Rising Sun de 1993, conduite par un homme d’affaire japonais.

Le châssis 003 apparaît dans Rising Sun (2003)

 

Les avis des journalistes sont mitigés à propos de la W8. Car and Driver critique ouvertement la marque, tandis que Road & Track y consacre deux sujets et fait l'éloge des performances de la voiture. L’article se conclut même par une citation optimiste : « Félicitation à Gerald Wiegert et à son équipe d'ingénieurs dévoués, ainsi qu’à tous les autres qui avec leur courage et leur détermination voient leurs rêves devenir réalité ». Au total, seules 22 W8 sont assemblées.

Photos pour le moins originales de ce qui semblait être un catalogue publicitaires de Vector

 

Une W8 et son impressionnant cockpit

 

Rachat par MegaTech : le début de la fin

En 1993, deux nouvelles voitures sont dévoilées au Salon de Genève : le coupé Avtech WX-3, et le roadster Avtech WX-3R. Trois niveaux de motorisation devaient être proposés : un V8 de 600 ch, une version gonflée à 800 ch, et une Twin-Turbo de 1 200 ch ! Mais à ce moment, Vector est au plus bas financièrement, et les WX-3 resteront à l'état de prototype. La société MegaTech devient alors acteur majoritaire de Vector. MegaTech propose à Wiegert de rester PDG, mais il refuse. Il fait changer les serrures du siège social et engage des vigiles pour bloquer les accès ! Une fois licencié de Vector Aeromotive, il fait repeindre la WX-3 en bleu. Le coupé et le roadster deviennent les véhicules publicitaires d'Aquajet, la deuxième entreprise de Wiegert, spécialisée dans les jet-ski.

Les WX-3 et WX-3R présentées à Genève en 1993

 

Vector Aeromotive déménage en Floride, à côté de Lamborghini USA (aussi propriété de MegaTech). La Vector M12 est dévoilée au Salon de Detroit 1996. Globalement, c’est une WX-3 équipée du V12 de la Lamborghini Diablo. La marque est une nouvelle fois vendue, à un fabriquant de cosmétiques cette fois-ci, Tradelink. Tradelink n’a pas les moyens d’acheter les V12 italiens, et Lamborghini saisit une W8 comme paiement. Vector parvient à conserver la voiture, et la production s’arrête après 14 exemplaires (+ 3 modèles de pré-production).

Les avis à propos de la M12 ne sont pas élogieux. Autoweek Magazine lui décerne le titre de pire voiture jamais testée. Dans la culture populaire, la Vector apparait dans plusieurs jeux vidéo : Gran Turismo 2, Sport Car GT, Grand Theft Auto, etc...

La M12 à l'attaque dans Gran Turismo 2

 

Une Vector en compétition

En 1998, une M12 de pré-production est convertie en modèle de course. Elle est engagée aux 12 Heures de Sebring. Après s’être qualifiés en 33e position, Bill Eagle et Dorsey Schroeder abandonnent au 16e tour. La même année, la M12 participe à plusieurs courses, qui se soldent à chaque fois par des abandons : 3h45 de Las Vegas (surchauffe moteur), 2h15 d’Homestead, Road Arlanta (boîte de vitesse cassée), 1h45 de Minneapolis…

La M12 aux 12 Heures de Sebring 1998

 

Tentatives de relance

En 2000, Tradelink présente un nouveau showcar avant de mettre la clé sous la porte. La SRV8 devait être plus simple et moins chère à produite que sa grande soeur. Niveau look c'est une M12 en plus grossière. L’aventure Vector s’achève ainsi…

…jusqu’au retour de Wiegert. Entre-temps, le père de Vector a fait fortune avec son Aquajet. Au moment de la vente de l’entreprise, il parvient à racheter les actifs. Avtech Motors est rebaptisé successivement Vector Supercars, puis Vector Motors. Au Salon de Los Angeles 2008, les rumeurs annonçant le retour de Vector se confirment. La WX8 fait son apparition sous forme de concept. Sous le capot se cache un V8 suralimenté de 10 litres dont la puissance annoncée attendrait… 1850 chevaux ! Pour une vitesse de pointe prétendue de 443 km/h. Depuis, Vector Motors continu de développer activement le véhicule. Les WX-3 ont été mises en vente pour 3,5 millions de dollars pour financer le projet. Le site internet de Vector annonce deux motorisations : le V8 de 10 litres, et un V8 hybride de 7,0 litres. Wait and see…

Le prototype de développement WX8

 

Les WX-3 et WX-3R mises aux enchères par RM Sotheby's

 

La Vector W8 châssis 017 exposée au Technik Museum de Sinsheim (Allemagne)

 

Un article à retrouver également en podcast et sur iTunes.

 

Crédits photos : RM Sotheby's (WX-3 & WX-3R), Michael O. Crews (M12 Sebring), Crabos Raphäel (W8 Sinsheim).

 

Raphaël Crabos

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