24 mars 2020

BSH La voiture en kit, Made in France

Dès qu’il est question de kitcar, nos regards se tournent naturellement de l’autre côté du channel, chez nos amis Brexiteurs. Pourtant, dans un petit village Gaulois des années 70, deux compères décident de fabriquer leur propre voiture de sport. Un engin singulier disponible monté, ou en kit. Loin de la voiture de Coluche dans l’auto-stoppeur. 

Benais Saint Hilaire 

Il est exact de dire que le Français n’a pas la réputation de bricoleur de l’Anglais. Mais en pleine époque bénie des kitcars, deux professionnels de l’automobile se lancent dans l’étude d’une sportive radicale, munie d’une mécanique de R8 Gordini. Le défi est costaud, avec l’Alpine, entre autres en concurrence directe. Mais Monsieur Benais et Monsieur Saint-Hilaire (vous venez de comprendre les initiales BSH) savent qu’à vaincre sans péril,  on triomphe sans gloire. 

La voiture est construite à l’instinct, sans plans ! Le premier exemplaire “sort des chaînes” en septembre 1969 et l’aventure perdurera jusqu’en 1972, après 56 exemplaires vendus.  D’aucun trouveront l’esthétique de l’engin douteuse, d’autres adoreront. C’est vrai que la face avant est très réussie. Les gros yeux surmontés d’ailes rebondies rappellent les Porsche 906 ou 908, il y a pire comme référence.

Là où ça se gâte, c’est pour la partie arrière, abrupte, sans compromis, qui pourrait faire penser sous certains angles et en moins réussi à une Miura. Mais au diable les comparaisons, c’est une BSH, et c’est Français Monsieur !

“Notre exemplaire du jour est passé dans les mains d’André Costa, pour un essai dans l’AJ du 21 mai 1970”


Exemplaire parc presse 

L’exemplaire entre nos mains ce matin, est unique. Sauvé de la poussière par Brieuc de Auto Mobilia à Villedieu-les-Poeles, il est l’un des rares survivants des 56 exemplaires produits. Après s’être porté acquéreur de cette chose, Brieuc s’est rendu compte que cet exemplaire servait à BSH pour les essais presse. C’est donc un exemplaire “parc presse” comme on dirait en 2019. En cherchant bien, nous avons même retrouvé un essai de Monsieur André Costa dans l’Auto-Journal du 21 mai 1970. La voiture disposait d’une mécanique de R8 Gordini, et d’une livrée rouge. Costa ne s’y trompait pas, qualifiant la mécanique du modèle d’essai de “fatiguée”. Avec ces sagouins de journalistes auto, arriva ce qui devait arriver, la voiture fut rapidement rincée. 
C’est la raison pour laquelle Brieuc lui a collé un moteur de R5 Alpine, aussi efficace et plus facile à dénicher. 

“200 heures et 15 000 Frs”

 

Montez la vous même ! 

Après tout de quoi s’agit il ? D’un gros mécano comprenant un châssis, d'éléments de carrosserie en plastique et d’une mécanique de R8.  En 1970 le kit était vendu contre 9250 F (10 165 € d’aujourd’hui), ce à quoi il fallait ajouter une R8 accidentée de préférence achetée entre 2000 et 4000 F de l’époque, soit un investissement global compris entre 12 000 et 15 000 €. La moitié du prix d’une Alpine contemporaine. Restait encore à se taper les 200 h de montage.

Il est certain qu’au moment où vous receviez votre kit, , vous pouviez vous sentir un peu seul au milieu de votre garage encombré de pièces détachées.  La première étape consistait donc à assembler la motorisation sur le châssis, ainsi que les suspensions. A ce stade, 50 h ce seront déjà écoulées. Il sera alors temps de poser la cellule d’habitacle.

Votre assemblage commence à ressembler à une voiture mais ne criez pas victoire trop vite. L’étape du faisceau électrique provoquera énervements, stress, et envie de meurtre sur les personnes de chez BSH. Après la 140ème heure, l’habitacle est installé, et les finitions laisseront leur place aux ultimes réglages.  

Au ras du bitume 

Après 200 h, respirez un grand coup et appelez Retro Passion (Oui cet article est paru en exclusivité dans le magazine il y a quelques mois) pour partager ce moment. C’est ce qu’a fait Bri-Bri. Lorsque j’arrive dans son atelier, il est en train de procéder à l’ultime touche, qui consiste à poser des plaques d’immatriculation et un discret mais indispensable sticker “Auto Mobilia”. On sort la BSH à la poussette, pour la comparer à sa donneuse, une R8.  Avec 3.95 m sur 1.55 de largeur, pour seulement 1.13 m de hauteur, la différence de taille est saisissante. Le toit de la BSH culmine au niveau des rétros de la R8. 


Aller faire un tour est tentant, mais vais je entrer mon gabarit dans ce suppositoire roulant ? 
La technique est toujours la même, enjamber le seuil, jeter sa jambe gauche, et dans un mouvement plein d’élégance, jeter l’autre jambe en accompagnant le reste du corps sur le baquet. Ploc ! C’est bon je suis assis. Ou plutôt allongé. 

Ambiance Le Mans 

Le plexi des vitres, la position, le tableau de bord de course ou les sièges baquets vous mettront dans l’ambiance. Mais le double bossage du capot, visible à travers le petit pare-brise vous transporteront directement dans la voiture de Steve McQueen dans la ligne droite des Hunaudières.  A la mise en route, le vacarme est assourdissant. Brieuc enclenche la première à l’aide du court levier et la BSH s’élance timidement dans le chemin.

La première accélération au feu rouge met à mal la motricité de l’engin dans un grognement digne d’un Soyouz Soviétique en pleine guerre froide. Ca pousse fort et les réactions de la petite sportive sont très saines, sous réserve qu’on s’en occupe un peu. En forçant le rythme, le survirage apparaît comme très progressif. Les virages s'enchaînent et la fusée jaune virevolte avec aisance, à coups de changements d’appuis contrôlés académiquement par la direction très directe.  

Les suspensions sont probablement taillées dans un bloc de pierre, mais peu importe car cela participe à l'efficacité de l’ensemble, qu vire invariablement à plat. La BSH passe fort partout. Pour ceux qui ont déjà conduit une R8 Gordini, imaginez la même chose avec 250 kg de moins. Dans le détail ça donne 660 kg, dont 250 à l’avant et 410 à l’arrière. 

Une espèce rare, la voiture plaisir 

La BSH passe fort partout, sauf sur les dos d'âne. A l’approche d’un de ces gendarmes couchés qui pullulent dans nos villes, le propriétaire se met à l’arrêt, passe la première, fait avancer délicatement la voiture à l’embrayage, en prenant bien soin de passer de travers pour ne pas affronter de face la difficulté. Mais rien n’y fait, la ligne d’échappement frotte, même à 2 km/h. C’est le prix à payer pour aller boire un verre en terrasse au volant de cet engin dont le bruit et l’apparence ne laisseront personne indifférent. 

 

Un article à retrouver également en podcast et sur iTunes

 

Nicolas Laperruque
Photos : Nicolas Laperruque, Brieuc Harivel
Merci à Auto-Mobilia Villedieu-les-Poeles

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