17 mars 2020

Un Lamborghini LM002 au Dakar


Tout le monde connaît le LM002, qui vient de trouver un successeur avec l’Urus. Un modèle totalement hors du commun, témoin d’une époque où tout semblait possible. Mais saviez vous que cet énorme 4×4 s’est illustré en compétition ? Aussi fou que cela puisse paraître, un jour certains se sont dit qu’il pourrait gagner le Dakar. Niko vous raconte l’histoire de ce proto de course pas comme les autres.

Acte 1 : le fiasco de l’opération Cheetah

A l’origine, le LM002 s’appelait Cheetah, et répondait à un appel d’offre de l’armée américaine pour remplacer les Jeep Willys. Soucieux de trouver de nouveaux marchés permettant de financer la production de ses véhicules « classiques », Lamborghini propose une auto 4×4 à la carrosserie en fibre de verre, et dotée d’un moteur V8 Chrysler à l’arrière de 5,9 litres et 170 chevaux. Cette implantation à l’arrière rendait l’engin très peu maniable, et sa puissance était un peu juste pour les 2,6 tonnes à propulser. Plus embêtant encore, avec sa configuration à moteur arrière, la conduite est imprévisible et l’engin militaire à tendance à faire des tonneaux par l’avant dans les dunes. Ces bizarreries auront raison du fameux contrat, Lamborghini perd l’appel d’offre au profit de AM General et de son Humvee. Dès lors il faut bien rentabiliser l’investissement et trouver un débouché civil à l’engin, ce sera le LM002 de série. 

Chez Lambo la situation est grave. Non seulement ce contrat n’arrivera jamais mais il entraîne dans sa chute un autre contrat lucratif avec BMW. Les Italiens devaient aider l’allemand à développer la BMW M1. La vérité sera tout autre puisque l’argent destiné à ces travaux sera détourné sur le projet Cheetah. En apprenant cela le constructeur allemand fera ses valises avec rupture immédiate de contrat. Lamborghini implosera de l’intérieur, et en 1984, la société est rachetée par deux frères suisses, Jean-claude et Patrick Mimran. Les frangins décident de se servir de cette énorme bestiole pour relancer la marque. Le LM002 sera le nouvel étendard du Taureau, Madame Mimran, femme de Patrick s’en voit offrir un exemplaire par son mari.

Henri Pescarolo veut son Taureau

Le LM002 attire l’attention sur la marque, fait venir les investisseurs mais il tape également dans l’oeil d’un certain Henri Pescarolo. Le pilote français, véritable légende du sport automobile, tate régulièrement du rallye-raid. En découvrant l’engin de série, il se dit qu’il pourrait sûrement en faire une bête de course. Henri contacte Lamborghini, avec une proposition : faire du Rambo Lambo un vainqueur potentiel du Dakar. Historiquement, chez Lamborghini, Ferruccio a toujours ignoré superbement le monde du sport automobile. Pour lui, la course automobile était le meilleur moyen de gaspiller de grandes quantités d’argent pour quelque chose d’inutile. L’époque a changé, et pour les frères Mirman, rien ne s’oppose à un engagement de la marque italienne en compétition. En Italie on commence à bosser sur cette question.

Le moteur V12 fait d’abord l’objet d’une refonte complète, avec un nouvel échappement de course, pour un ensemble développant 600 chevaux. La mécanique adopte une sonorité aiguë dont on dit qu’elle ne ressemblait à rien de connu. Avec une telle cavalerie, la consommation ne ressemble à rien non plus. Il faut concevoir un nouveau réservoir de 600 litres ! Voilà qui n’arrange pas les affaires de Lamborghini qui est bien obligé d’offrir à son LM002 un régime intensif. Tout l’aménagement intérieur est supprimé, les vitres sont remplacées par du plexiglas, on adapte l’arceau obligatoire mais tout le reste est consciencieusement pesé. Les semaines passent et on s’attaque aux suspensions, et à tout ce qui pourrait faire de cet éléphant une libellule. Du côté de chez Pescarolo, on commence quand même à se poser des questions. Entre le poids de camion, le manque d’expérience de l’équipe, et tout le reste, Henri se retire définitivement du projet.

L’appel de la piste

Le retrait du champion français n’entame pas la volonté des Italiens. La voiture est terminée, et on la confie à une autre légende, le rallyman champion du monde des rallyes 1977, Sandro Munari. Avec Munari au volant, le monstrueux LM002 est inscrit au rallye des Pharaons 1987. Ce rallye raid qui se déroule dans le désert Egyptien, est une sorte de répétition générale d’avant Dakar. Toutes les équipes viennent ici tester leurs performances, ou tenter la gagne sur un parcours similaire au Dakar. Quelques jours avant le départ, un événement tragique se produit. Un des bailleurs de fonds du projet perd la vie dans un accident de bateau.

Par respect, l’équipe décide de ne pas prendre le départ. On s’attend alors à revoir le LM002 au Dakar mais il faudra attendre 1988 pour voir réapparaître le Lambo dans un rallye Grec. Après un départ canon, l’équipage Munari/Manucci s’installe à une belle 3ème place. Malheureusement, les problèmes de jeunesse ne tardent pas à apparaître et le gros Lamborghini doit abandonner. Malgré tout cette première expérience est positive avec un potentiel certain. Au même moment, Chrysler règle les derniers détails avant son rachat de Lamborghini. L’arrêt du programme de rallyes-raid sera une des premières décisions du nouveau propriétaire des lieux.

On a tous droit à une seconde chance

Si le projet d’usine est à l’arrêt, il donne des idées à d’autres. Un LM002 rouge vif est engagé sur le Dakar par l’équipe suisse World LM Racing. L’équipage Kurzen/Coucet est engagé en catégorie marathon, malheureusement ils n’iront pas au bout. En 1995, une autre initiative sera à mettre au crédit de Barenghi qui achète l’exemplaire qui avait été offert à Mme Mimram en 1987! Il consacre plus d’un an à la préparation du paquebot, pour le transformer en reine du désert.

On sort le V12 5,2 litres pour l’équiper d’un système d’injection sur mesure et de nombreuses pièces sont modifiées, à l’image des filtres. On vire le catalyseur et la puissance atteint, comme sur le modèle usine, la coquette puissance de 600 chevaux. Du côté de la transmission on conserve la boîte 5 rapports jugée suffisamment armée pour affronter le regain de puissance. La masse totale perd 500 kilos pour un poids final autour de 2200 kilos, auquel il faut ajouter 800 litres de carburant. Les freins, le refroidissement, la lubrification sont entièrement revus afin de supporter la vitesse maxi de 180 km/h en plein désert.

Un Lambo au Dakar

Le Dakar 1996 démarre de Grenade en Espagne. Pour l’équipe de Barenghi, les ambitions sont élevées mais on devine qu’ils auront fort à faire face aux Citroën ou Mitsubishi d’usine. Contre toute attente dès le début de la course le LM002 se révèle plutôt fiable. Toutes les pièces d’usure ont été surdimensionnées, y compris les pneus. Malheureusement, à vouloir trop bien faire on tombe dans l’excès. Le Lambo pèse lourd, très lourd avec un poids en début d’étape, tous plein faits proche de 3 tonnes. Chaque pneumatique pèse 36 kilos. Dans le désert, on passe sa journée à sauter des dunes, d’une pierre à l’autre.

Les suspensions sont certainement l’élément le plus sollicité. Dès les premières étapes on casse des amortisseurs. Inlassablement, l’équipage change un, puis deux, puis beaucoup d’amortisseurs après chaque atterrissage un peu brutal. A la journée de repos, l’équipe a déjà cassé 24 amortisseurs !

Ce qui devait arriver, arrive et faute de pièces de rechange supplémentaire disponible, c’est l’abandon. Andrea Barenghi revend son LM002 à Gildo Pallanca Pastor (patron de Venturi). Celui ci doit le remettre en configuration grand luxe pour cruiser du côté de Monaco. Sans que l’on sache pourquoi cette idée sera abandonnée et l’engin revendu à Autodrome Auto. Cette maison remet le Lambo dans sa configuration d’origine et trouve un acheteur resté anonyme.

Une mauvaise idée, mal appliquée

On ne fait pas d’un poney un cheval de course. En revenant sur la carrière en course du LM002, on se dit que cette maxime est également valable pour les Taureaux. L’engin était beaucoup trop encombrant, beaucoup trop lourd, beaucoup trop pointu pour en faire un engin agile, maniable et exploitable en rallyes raid. Ajoutez à cela des projets développés sans les moyens nécessaires ou par des équipes privées et vous irez droit dans le mur. Mais le LM002 de course est, et restera à jamais comme la première voiture de course officielle du constructeur de Sant’Agata. Rien que pour cela, il méritait bien une page sur Road Story.

 

Un article à retrouver également en podcast et sur iTunes

 

Nicolas Laperruque 

images : Opumo.com, Dakardantan.com (un excellent site, à visiter d’urgence pour l’ensemble de son œuvre), et Autodrome
 

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