11 janvier 2020

Pyeonghwa Motors, bagnole made In North Korea

Certes la Corée du Nord fait plus souvent parler d’elle pour ses missiles que pour son industrie automobile. Pourtant il existe bien une marque locale, Pyeonghwa Motors. Mais forcément, comme tout ce qui se passe dans ce pays, elle est un peu bizarre. 

Secte Moon & Magouilles 

Les débuts de la marque passent par une rencontre entre le révérend Sun Myung Moon, le défunt chef de la secte Moon, et le grand leader tout puissant, j’ai nommé Kim Jong-il. Entre les deux cinglés, le courant passe direct. Même si normalement la secte Moon est profondément anticommuniste, Sun Myung Moon se dit qu’il y a quelques billets verts à récupérer dans cette affaire. Officiellement, on fait donc passer ça pour “un moyen de favoriser la paix et la réconciliation entre la Corée du Nord et la Corée du Sud” et ça roule. 
Pyeonghwa Motors, dont le nom est coréen pour «paix», est officiellement crée en 1999 à la suite d'un partenariat entre l’Église d'unification de Corée du Sud et Ryonbong General Corp., une société contrôlée par le gouvernement nord-coréen.Le logo du constructeur est un symbole de la réunification à laquelle appelle officiellement Pyongyang : deux pigeons volant de concert sur un fond bleu.

Les bons comptes font les bons amis 

En 2013, après des ventes et des bénéfices jugés insuffisants, l’église transférer la pleine propriété de l’ensemble, à la Corée du Nord en revendant ses parts. On a retrouvé des documents qui parlent d’une valorisation des parts de l’église à hauteur de 20 millions de $, sans qu’on sache si le régime Coréen leur ai racheté à ce prix là. Vu la réputation de très mauvais payeurs des Nord-Coréens, on peut même douter du moindre échange d’argent. Tout juste sait on que bon an, mal an la secte parvenait à récupérer 500 000 $ par an de bénéfice. 

Une production...anecdotique

Ce qui est certain c’est que la production n’a jamais atteint des sommets. En 2012, un membre de l’usine parlait de 1600 voitures produites dans l’année, quand le constructeur déclarait 1450 voitures en 2011. D’autres sources parlent de 314 voitures en 2003 et 400 en 2005.

C’est peu pour un constructeur qui dispose des droits exclusifs de production, d’achat de vente de voitures pour tout un pays. La vérité c’est que les Nord-Coréens ne peuvent pas posséder de voiture. Même la “classe moyenne” de Pyongyang qui est en train d’émerger ne peut prétendre en acheter une. Seule une élite peut disposer d’un véhicule, et il s’agit souvent d’un modèle importé à la sauvage, en passant par la Chine. Cette réalité tranche radicalement avec les panneaux de publicité vantant les produits de l’industrie automobile locale. Mais justement, quels sont les modèles Coréens?

Une production éclectique 

Dans les années 80, le régime de Pyongyang copiait faisait venir des Mercedes 190, pour les désosser et les copier. Cette pâle copie était “commercialisée” sous le nom de Kaengsaeng 88, une vraie merveille… 


Mais chez Pyeonghwa Motors on ne peut pas se permettre de telles approximations. Dans les années 2000 on décide donc de nouer des alliances avec des constructeurs soucieux de faire rentrer un peu de blé avec des modèles invendables, dépassés, ou au contraire largement rentabilisés.

De toute façon, peu importe puisque personne ne verra ces ersatz de voitures. C’est ainsi que voit le jour la Hwiparam I, basée sur la Fiat Siena, en 2000. Elle est suivie par une Fiat Doblo en 2003. Evidemment ces modèles sont construits en CKD. C’est à dire qu’ils arrivent en pièces détachées dans des conteneurs livrés en Corée du Nord et sont assemblées sur place. Les mauvaises langues diront qu’il ne restait pas forcément grand chose à assembler. 

Merci les Chinois 

Les Hwiparam Hwiparam sont des Brillance fournies par le grand frère Chinois. Les Bbeokgugi 1,2, 3 et 4 seront eux basés sur des modèles Shuguang, un autre constructeur chinois. 
On observe également quelques modèles de Junma, produits entre 2005 et 2006, qui n’était autre qu’une Ssangyong Chairman, elle même dérivée d’une Mercedes Classe E. Les appellations des modèles correspondent à leur place dans la gamme Hwiparam, Bbeokgugi et Zunma correspondent à petites voitures, SUV et voitures premium. 

En 2006, Pyeonghwa a conclu un accord avec le constructeur chinois Brilliance China Auto pour assembler ses camionnettes Jinbei Haise, dérivées d’anciennes versions de Toyota Hiace. 
On retrouve la trace de cette marque également au Vietnam où un distributeur local commercialise les Pregio et Pronto dans le pays, sans qu’on sache combien exactement. 

Visite d'un show room nord coréen 

Pour terminer je vous conseille cette vidéo filmée par un touriste qui découvre le show room de la marque près de l'usine. Usine dont on ignore si elle fonctionne encore, même si on croise régulièrement parait il des Kia rebadgés. Le gars se rend compte que les clients en train de négocier un véhicule ou demandant un renseignement ou une brochure sont en fait des acteurs. A mourir de rire. 

 

 

 

Nicolas Laperruque 

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