01 décembre 2019

1984 Première rencontre Prost-Senna. Ayrton n'est pas là pour jouer.

Niko va vous parler d’une époque où les Formule 1 étaient conduites par des humains, et où il était possible de convoquer 20 champions du monde et de leur faire prendre le départ au volant de voitures de série, pour inaugurer un circuit et surtout rire un peu entre amis. Mais le jeune Ayrton Senna, inconnu Brésilien invité au dernier moment est-il d’humeur à jouer ?

Aéroport de Francfort, 12 mai 1984

C’est un Alain Prost détendu qui patiente dans le hall des arrivées de l’aéroport de Munich. Mercedes-Benz a invité tout ce que la F1 compte de champions du monde pour participer à une course sur des Mercedes de série. L’objectif est double, premièrement inaugurer le nouveau Nürburgring, un trajet plus court que la boucle Nord surnommée “l’enfer vert”, et deuxièmement assurer un lancement digne de ce nom à la dernière née de la marque à l’étoile, la 190 E dans sa version 2.3 16 soupapes. Mercedes met à disposition 21 de ses modèles, avec une petite préparation dans un coloris gris doré.  Les 190 sont équipées de sièges baquet et d’un arceau de sécurité. La course se déroulera devant tous les journalistes auto de la planète et la voiture du vainqueur rejoindra le musée de la marque à Stuttgart.

En plus d’Alain Prost, tous les plus grands pilotes ont répondu présent, Jack Brabham, Phil Hill, John Surtees, Denny Hulme, James Hunt, Stirling Moss, Klaus Ludwig, Jody Scheckter, Keke Rosberg, Niki Lauda, et Alan Jones entre autres. Nelson Piquet et Fittipaldi ayant décliné l’invitation au dernier moment, l’organisateur a décidé d’inviter un jeune Brésilien quasiment inconnu, Ayrton Senna. C’est justement celui ci qu’attend Alain Prost à l’aéroport de Munich. Les horaires d’avions du français étant proches de celui du Brésilien, on a demandé à Alain de récupérer le petit jeune et de le ramener au circuit. Sur le trajet l’ambiance est détendue dans la voiture, et le kid de São Paulo ne cache pas sa joie de partager un peu de temps avec Prost.

Alain se prête de bonne grâce aux questions du brésilien. Une fois arrivés au Nürburgring, le français en profite pour faire le tour des stands et présenter Ayrton a tout le monde. Senna apprécie et sympathise vite avec le français, d’autant qu’il ne connaît personne et que se faire introduire auprès de cette incroyable brochette de champions du monde par le meilleur pilote actuel lui permet de garnir son carnet d’adresse à la vitesse de l’éclair.

Prost-Senna, première vraie rencontre

Ce qui se passe est anodin mais avec le recul on observe la rencontre de deux immenses champions, quelques semaines avant leur premier vrai duel à Monaco.  Les deux pilotes font le tour du circuit, échangent avec les autres pilotes, font le tour des médias, et les deux larrons rigolent, jusqu’au moment des qualifications…. Prost raconte en effet que si l’ambiance était détendue et très cordiale depuis le matin, lui et le brésilien passant une bonne partie de la journée ensemble, il en fut tout autrement après la séance de qualifications.

Pour l’ensemble des pilotes présents ce jour là, il n’y a clairement aucun enjeu. Il est clair pour tout le monde que cette course de gala ne changera absolument rien à la carrière respective de chacun. Les Lauda, Prost, Rosberg ou Hunt sont venus ici pour se marrer et éventuellement casser quelques voitures tous frais payés par Mercedes. Bref, aucun pilote n’a pris ce week-end au sérieux, aucun sauf un, Ayrton Senna. Prost raconte donc qu’après avoir signé le meilleur temps devant le brésilien, ce dernier ne lui adressa plus jamais la parole.

Le brésilien, lui, n’est pas venu pour s’amuser mais pour se faire connaître. Après avoir gentiment fait le tour des stands pour se présenter au petit monde de la F1, il compte bien remporter cette course. Son objectif est clair, cette course fait courir le gratin du sport automobile mondial, il veut voir son nom en haut de la feuille des temps. Par la même occasion, il veut voir la Mercedes 190 marquée à son nom entrer au musée Mercedes de Stuttgart.

La course

Pour mettre toutes les chances de son côté, Ayrton décide de voler le départ. Il ne s’agit pas d’une course officielle et il ne viendra à l’idée de personne de porter réclamation. Le jeune brésilien auréolé de son titre en F3 britannique s’élance à fond de la première ligne pendant que les autres pilotes restent scotchés sur la grille. Dès le premier virage, évidemment il vire largement en tête et dispose déjà d’une jolie avance sur les poursuivants.

Derrière, l’heure est à l’amusement. On se frôle, par moments on se frotte, quand certains décident de couper les chicanes du nouveau circuit. Les pilotes sont là pour faire le spectacle et personne n’a réellement porté attention à l’homme de tête. Alain Prost a semble t’il rencontré un problème et se retrouve en queue de peloton pendant que Jones rejoint déjà le stand à l’entrée du second tour, bientôt rejoint par un De Angelis venu faire un peu de carrosserie.

Passé quelques tours il y en a un que tout cela ne fait plus trop rire c’est Niki Lauda. L’autrichien est un compétiteur il il ne goûte que très moyennement le fait qu’un jeune inconnu navigue seul en tête. Niki attaque, et part à la poursuite de la 190 numéro 11 pilotée par le brésilien. Mais s’il parvient à s’extraire du peloton, le mal est fait et il n’arrive pas vraiment à faire la jonction avec Senna. Pire, à la mi-course l’avance a encore augmenté. Devant, seul en tête Ayrton tient tête à Lauda second, qui dispose lui même d’une belle avance sur Reutemann et Rosberg. Derrière c’est la débâcle, les pilotes font le spectacle et s’amusent à se doubler en coupant dans l’herbe.

Notre brésilien, lui n’est pas venu pour rigoler. Au terme des 12 tours, il franchit la ligne d’arrivée en tête, suivi par Lauda qui n’a rien pu faire pour combler le retard pris au départ. Ils devancent Reutemann, Rosberg, John Watson, et Denny Hulme. Stirling Moss est 14ème, Prost 15ème, et Laffite 17ème.

Sur le podium, Senna porte la couronne avec fierté. Il vient de battre tout ce que le sport auto compte de légendes vivantes. Il vient même de battre Alain Prost, considéré par beaucoup comme le meilleur pilote actuel et le meilleur espoir de la F1. Niki Lauda rit jaune mais se prête de bonne grâce aux photos et à la cérémonie du podium. Mais il y en a qui rient pas du tout. Le board de Mercedes n’est guère réjoui par le résultat. Ils font venir tout ce que la planète compte de champions du monde et de légendes et se retrouvent avec un vainqueur inconnu.

Ils comptaient faire entrer au musée une 190 E ornée d’un nom prestigieux, mais ce sera celle du débutant brésilien. Quelques semaines plus tard, le monde entier découvrira Senna sous la pluie à Monaco. Celui-ci ne conduira jamais de Mercedes en course mais deviendra le meilleur pilote du monde. La Mercedes 190 2.3 litres 16 soupapes trône aujourd’hui en bonne place dans le musée de la marque, et fait la fierté de la marque

Nicolas Laperruque 

 

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