04 août 2021

Jean-Pierre Jaussaud...Le léopard du Dakar 1985:


Le 22 juillet dernier, Jean-Pierre Jaussaud , notre papy Jaussaud, disparaissait à l’âge de 84 ans. Il faisait partie de ces pilotes au talent pur, qui pouvaient piloter n’importe quelle voiture sur n’importe quelle surface. Bien sûr, son plus grand palmarès, il l’a obtenu sur circuit (juste pour rappel, 2 fois vainqueur des 24 heures du Mans, champion de France de Production, de multiples victoires en F3 et F2, pilote essayeur de Formule 1, …), mais il a également couru en rallye, en rallye-cross, en course de côte, en course sur glace, et bien sûr a participé à plusieurs éditions du Dakar, à partir de 1982, sur auto et camion.

Il faut dire qu’il avait déjà gouté au rallye-raid bien avant 1982 puisque sa première participation remonte à fin 1979/début 1980 sur le rallye5/5 échappement Transafrica 80 organisé par …Jean-Claude Bertrand. A bord d’un petite Renault Rodéo 4x4 Sinpar, il découvre pour la première fois la course en Afrique et, même s’il doit renoncer, se promet d’y revenir.

Deux ans plus tard, ce sera fait au volant d’une Mercedes classe G de l’équipe « Les mousquetaires de la distribution » et là encore, ce touche-à-tout du pilotage surpasse et surprend tout le monde…Il finit sur le podium, 3ème du général, devant bon nombre de spécialistes de la discipline. C’est d’ailleurs le début d’une histoire d’amour avec la firme allemande puisqu’il va participer jusqu’en 86 au volant des véhicules étoilés (n’oublions pas que grâce à lui, Jacky Ickx remporte la seule victoire dans l’épreuve !).

Mais c’est peut-être en 85 qu’il va encore plus marquer les esprits dans une aventure qui en dit long sur la belle personne qu’il était. 
Lors de son Dakar 84, toujours à bord d’un classe G, il remarque un autre concurrent, lui aussi sur classe G, Christian de Léotard. Le classe G est effectivement remarquable, puisqu’il comporte trois ponts, 6 roues dont 4 sont motrices et a un look d’enfer ! Christian est un habitué des transformations de véhicules en 6 roues, il a déjà participé au rallye en 1980 sur une non moins célèbre R5 rallongée, et sa société propose des modifications pour l’armée, les ponts et chaussées, mais également les citoyens « lambda » désireux d’avoir un véhicule hors norme.

Pour montrer la robustesse et l’efficacité de son système, Christian participe donc au Dakar 84 sur un Mercedes et c’est lors de cette édition que les deux hommes vont nouer des contacts sérieux en vue du Dakar 85.

Quelques mois avant le départ, l’accord est trouvé et Jean-Pierre Jaussaud sera donc le chef de file d’un team composé de trois véhicules à 6 roues, engagés pour la 7ème édition du rallye. Si un temps, il fut envisagé d’engager 3 Mercedes 190 6x6, c’est une équipe remaniée qui sera finalement composée. 
Un Mercedes 190 proto 6x6 pour l’équipage de pointe Jaussaud / Fontenay (qui compte déjà deux participations et qui est coopté par Mercedes), un 280G 6 roues motrices break long en assistance rapide et un troisième 280 G pick-up en assistance lourde, chargé de pièces, véritable atelier roulant pour l’ensemble du team.

Le véhicule de Jean-Pierre est motorisé par un bloc V8 Mercedes 5l de série (on vise la fiabilité, en sachant qu’un petit 2,8l fut un temps envisagé), sur lequel est monté un compresseur Volumex (à confirmer néanmoins !), le tout dans un châssis de 280 G rallongé de environ 1m. Au départ, Christian de Léotard avait l’intention de placer à l’arrière deux ponts moteurs. Pris par le temps, il décide de conserver les ponts avant et arrière et d’entrainer le dernier essieu à l’aide de courroies. Delta Mics a réalisé du coup des « sur-jantes » boulonnées aux jantes mères (on en reparlera !), présentant une gorge dans laquelle prend place la courroie. Les chapelles d’amortisseurs seront déplacées pour permettre ce montage et le passage des échappements.

La carrosserie de 190 bien plus « profilée » que celles des 280 G laisse espérer une vitesse de pointe de près de 220km/h pour la voiture de « course » ! Pour les deux autres, c’est la robustesse et la fiabilité qui sont visées.

Le proto 280 G d’assistance rapide sera confié à Gérard et Frédéric Planson (pour rappel, ils ont quelques éditions du Dakar à leur actif, ils sont 1er privés au Dakar 84, ils ont réalisé une superbe 5ème place à l’Atlas 84 et sont très bien avec la maison mère étoilée), et seront également accompagnés de Bruno Musmarra, excellent mécanicien.

Le dernier 280 G « atelier roulant » est quant à lui confié à Alain Kalvas et Jean-Claude Bouchou (excellents mécaniciens également et connaissant le modèle G sur le bout des doigts. Bouchou est par exemple chef d’atelier du concessionnaire de St Denis).

Malgré la présence de Jean-Pierre Jaussaud au sein du Team, les sponsors se feront désirer et aucun ne viendra louer les parois des différentes voitures et surtout apporter un budget substantiel à cette entreprise. Mercedes sera la seule à apporter son partenariat en pièces et savoir-faire.

Cela aura des incidences multiples :

Les trois voitures devront être construites avec une équipe restreinte. 

Le temps va cruellement manquer pour cette préparation. 

Le budget également… 

Et chose plus anecdotique, la décoration des véhicules sera laissée entièrement à la créativité de Christian qui décidera de leur attribuer une livrée très colorée et surtout très « animale ».

Comme envisagée assez tôt dans le dossier de sponsoring, la 190 de Jean-Pierre Jaussaud aura les taches d’un léopard, le 280 d’assistance rapide sera zébré tandis que la voiture atelier sera transformée en girafe !

Du coup, Fontenay et Bouchou sont impliqués dans la construction des protos, tout comme Raymond Lecomte, chef d’atelier dans l’atelier d’Asnières de De Léotard, mais le projet prend du retard. On envisage même un temps le forfait du Team. Les voisins du constructeur irrités par les nuisances obligent les protagonistes à cesser toute activité à …22h! Jean-Pierre va même pendant près de deux mois participer à la construction et préparation des voitures, ne comptant pas sur ses heures !

La suite, laissons Jean-Pierre Jaussaud la raconter grâce à cet extrait généreusement confié par Patrice Moinet, issue de son très beau livre « Ma Vie de Pilote » aux Éditions l’Autodrome.

Sentant l’affaire mal engagée, Jean Pierre propose ses services au concepteur des engins:

-" Je décide d'aller l'aider à Paris dans son atelier. Je lui demande si je peux l'aider, il me répond: «Oh! bien oui, tu vois, il y a une 190 neuve qui vient d'arriver, si tu veux tu la coupes en deux ! Quoi? Mais tu es malade! -Non! On va la couper et la rallonger. - Mais je n’ai jamais fait ça de ma vie et il faut la couper où ?

Il s'approche, prend un mètre et dit: « -et bien là, ou plutôt là, » en montrant entre les deux sièges. « Tu prends une scie sauteuse et tu coupes», et c'est comme ça que cela a commencé. Il a fait un truc sensationnel, mais pendant qu'on travaillait, lui il s'occupait d'autres choses alors qu'il était indispensable au projet. On a pris beaucoup de retard, il voulait avoir des roues à l'extrême arrière entraînées par celles juste devant au moyen de courroies et de jantes tournées avec une gorge. Ces jantes étaient fixées par des vis pointaux et dès le prologue nous avons perdu une roue ! On a traversé la France sur 5 roues et arrivés en Algérie, on a réparé sommairement avant la première spéciale. Et bien sûr, après 10 ou 12 km, notre réparation avait lâché. Là, ayant pris beaucoup de retard, nous avons fait une vraie réparation et fait ce qu'il aurait fallu faire à Paris et ô miracle tout a marché sans problème jusqu'à Dakar mais nous étions hors course et avons donc pu prendre des pistes parallèles.

Sur la Trans Saharienne, une piste complètement défoncée anciennement en goudron, il y a des trous si gros que les autochtones ne s'y aventurent pas. Il me dit maintenant tu mets à fond jusqu'à Dakar et là c'était sensationnel à fond presque tout le temps, on ne sentait plus les trous, c'est vraiment dommage que la voiture manquait de préparation. Sur la plage, de Léotard a fait des démonstrations et a bluffé tout le monde sur place, moi je n'ai pas pu assister au show, j'avais contracté une crise de goutte qui m'avait cloué au lit.»

Ce sera donc la seule et unique participation de Jean-Pierre Jaussaud pour le compte de Christian de Léotard. A bord d’un véhicule typique de ces années-là, sorti tout droit de l’imagination de son génial créateur. Ce véhicule existe d’ailleurs toujours et est en cours de restauration !

Quant à Jean-Pierre, il repartira sur le Dakar après cette aventure, en Mercedes, puis en Lada, en PX33 (il aimait beaucoup les véhicules atypiques) et même en camion Hino ! Quand on vous disait que c’était un excellent pilote touche à tout !!!

Mais ceci est une autre histoire !

Merci pour tout Jean-Pierre….

JEFF ( de DAKARDANTAN) qui a eu la gentille de nous permettre de partager son texte et les photos de Dakardantan

Un immense merci également à Patrice Moinet auteur de l’ouvrage « Ma vie de pilote » de Jean Pierre Jaussaud disponible aux éditions de l’Autodrome.

cliquez sur la photo pour l'acheter 

 

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