02 mai 2021

20 000 kilomètres de bonheur en BMW 1800

Xavier nous raconte ses débuts avec son frère dans la monde de l’ancienne. Un début en fanfare avec l'achat d'une BMW 1800 pour en faire une auto de rallye de régularité.

 

Mon frère Roland et moi possédons des autos anciennes depuis plus de 20 ans maintenant, et dès le début, nous avons eu comme but de rouler avec peu importe l’état, la valeur ou la réputation de fiabilité aléatoire que celles-ci pouvaient avoir. Quoi de mieux pour utiliser une voiture ancienne que de s’inscrire à des rallyes cartographiques ou rallyes de régularité. Ces épreuves sont un bon moyen de profiter de son auto en évoluant sur des parcours adaptés, le plus souvent loin de la circulation des grandes agglomérations, mais surtout, c’est l’endroit idéal pour rencontrer des personnes qui partagent notre passion et de commencer à tisser un réseau de connaissance dans le milieu ! Je vais vous raconter une histoire autour de l’un de ces rallyes.

 

Nous sommes donc il y a plus de 20 ans, mon frère et moi avons d’abord participé à quelques rallyes dans sa première auto collection, la BX 4 TC ! Vint ensuite une GS birotor ou une Jensen Healey. Si ces autos étaient parfaites pour faire tourner les têtes et attirer les curieux, il faut reconnaitre qu’elles n’étaient pas idéales pour participer à ce genre d’épreuves pour diverses raisons, la plus importante étant la peur d’abimer ces rares autos sur des chemins plus ou moins « carrossables ». C’est ainsi que nous nous sommes mis à la recherche d’autos plus « adaptées », maniables fiables et performantes pour les rallyes VH. Nous sommes tombés par hasard  sur une très bonne auto alors que je cherchais moi-même une Porsche 924 pour rouler le week-end. C’est en répondant à une annonce pour cette auto, que nous découvrons mon frère et moi cette berline BMW 1800 « neue klasse » dans un hangar sous un bon cm de poussière, à tel point qu’il n’est pas évident d’en deviner la teinte d’origine.  Nous sommes au début des années 2000, les 2 autos sont à redémarrer, à l’époque, rien ne nous fait peur, nous négocions le lot pour un prix impensable de nos jours. La 924 fera les 40kms de trajet tractée par un cable (et oui, nous étions jeunes). Quant à la BM, qui d’après le propriétaire ne nécessitait qu’une batterie et un peu d’essence pour prendre la route, elle tombera en panne 10 bornes plus tard et terminera le trajet comme l’autre.

Arrivé à la maison, nous nous retrouvons allégé de la somme de 19000fr de l’époque mais en possession de 2 bonnes épaves. La BMW sera conduite chez le mécano préféré de Roland pour un réglage… Que dis-je, une reconstruction de l’allumeur, en plus de la révision classique, c'est-à-dire vidange, filtres, bougies, faisceau, durites d’eau etc. 

L’auto semble enfin tourner rond, elle est lourde, la direction est camionesque, les suspensions tapent un peu, les freins, bien que relativement efficaces sont d’époque et le comportement de l’auto est au final rassurant même si d’un autre âge. Le moteur est plaisant, coupleux et assez puissant, le boite 4 est très bien étagée et exploite à merveille les possibilités des 90ch de notre bête de rallyes. Nous sommes enthousiastes, et prenons l’auto régulièrement pour des balades, voire même pour aller au boulot…

Cette BMW ou votre propre voiture, sur un vêtement ou un objet vintage? C'est sur Classic-Mobil 

D’ailleurs, c’est en allant travailler un matin que j’y laisserai une soupape sur l’autoroute ! Alors lancé à la vitesse démoniaque de 120km/h, j’entends un « klong » suivi d’une énorme perte de puissance et d’une petite fumée qui me rappelle une scène mythique du film « les blues brothers », sauf que contrairement à Elwood qui réussit à emmener sa « DO.GE » jusqu’au centre des impôts, ma BM s’arrêtera sur la bande d’arrêt d’urgence. Le verdict est sans appel, une soupape d’echappement s’est cassée, sa tête est tombée dans le cylindre, ravageant au passage, le piston et la chambre de combustion. Alors que de l’autre côté, je restaure peu à peu ma 924, je rencontre un gars avec qui nous échangeons notre expérience de  Porschiste (comprenez par là, nos galères en faisceau électrique, doseur d’injection et réservoir emboucané etc.). Ce collègue d’alors me parle d’un de ses voisins qui a dans sa cave un moteur de BM. L’ancien avait eu dans une autre vie, une 2002 qu’il avait enroulée autour d’un arbre et dont il avait récupéré la mécanique. Bien que « tournante » elle aussi, nous décidons de ne plus nous faire avoir et emmenons le moteur à refaire dans le garage où l’un des mes amis d’enfance venait de trouver un emploi. Une garantie pour nous que le moteur allait être soigné. Après une facture presque aussi importante que l’achat des autos, la BM fait maintenant 2000cc et a gagné 10ch au passage. Certes, elle a toujours ces vieux amortisseurs spongieux, ces pneus en bois datant de… trop longtemps, mais elle tourne du feu de Dieu ! Alors que le rodage n’est même pas terminé, nous nous inscrivons au rallye de l’Obiou dans les Alpes.

Nous prenons l’autoroute à vitesse raisonnable, nous avons environ 220 kms de trajet à faire, tout se passera bien pensons-nous. Tout, sauf que l’auto a des ratés…Arrêt obligatoire sur une aire d’autoroute entre Manosque et Tallard. Nous démontons le carburateur sans trop savoir d’où vient le problème. Nettoyage, remontage et ça repart. On arrive à bon port avec cette auto qui ratatouille de temps en temps, mais finalement de moins en moins.

Passons sur le rallye qui s’est déroulé à merveille, l’auto nous permettant même de finir pas trop mal classés, même si nous sommes gentils avec la pédale de droite pour ne pas solliciter trop le moteur qui n’est pas  « fini de roder ». Je ne vous parlerai pas ici de ce rallye qui hélas n’existe plus, même si je dois vous dire que nous regrettons son ambiance, ses parcours dans les Alpes, son plateau toujours alléchant et ses participants sympathiques…

Après un week-end fort en émotions (on a fait une petite glissade quand même dans une descente de col… Ah ces bons vieux pneus en bois…), les paysages à couper le souffle, les potes et les bagnoles, il est temps de prendre la route du retour, les kms nous attendent, même si on aimerait bien rester. L’auto termine son rodage, nous la connaissons de mieux en mieux et le rythme augmente sur les petites routes. Tallard est déjà là, il faut maintenant reprendre l’autoroute, direction Aix en Provence, comme pour nous rappeler qu’à l’instar de ce dernier tronçon de route, la semaine à venir va être longue et ennuyeuse. Après un ronron d’une heure environ à la vitesse de croisière, nous approchons du dernier péage. Il reste 15 kms jusqu’à la maison, plus rien ne peut maintenant nous arriver ! La barrière se lève, j’écrase l’accélérateur, je lâche les chevaux. J’enchaine des 4 rapports de la BM, j’accroche les 160 (c’est mal, ne le faites pas hein ;-) ), la vitesse max constructeur (en version 1800) est atteinte très facilement, j’esquisse un sourire en regardant Roland qui, mi inquiet mi fier de son auto me fait signe de baisser la cadence. Je ralentis le rythme et me remets au régime de croisière en attendant la bretelle de sortie. C’est peu après cette petite pointe que nous entendons une énorme déflagration, elle-même suivie d’un énorme tremblement dans le volant. Que s’est il passé ? Heureusement, il y a une aire de repos à 50 m, je mets immédiatement le clignotant et nous nous arrêtons pour contrôler la voiture. Nous faisons le tour au pas de course pour nous rendre compte de l’étendue des dégâts. Nous avons perdu un enjoliveur de roue avant, ainsi que l’enjoliveur de bas de caisse du même côté ! Tristes de cette constatation, nous reprenons la route sans comprendre pourquoi l’auto tremble, mais après 10m, nous arrêtons à nouveau la BM, car le tremblement est toujours là et il faut comprendre ! En regardant de plus près, nous nous apercevons que nous avons non seulement déchappé l’un de nos pneus avant, mais en plus, que celui-ci présente une énorme hernie.

Il est tard, il fait nuit, on rentre comme ça à vitesse très réduite et on va se coucher (ça non plus, ne le faites pas). J'ose à peine imaginer ce qui se serait produit si un pneu arrière avait eu cette avarie ou si cela nous était arrivé dans une descente de col sur les routes alpines. La BM aura dans la foulée 4 pneus neufs, et depuis, nous ne badinons ni avec les freins, ni avec les pneus.

Quelle bagnole tout de même. Un tank, une auto ni spécialement puissante, ni agile, ni facile de prise en main, mais qui finalement se laisse conduire et s’apprécie au fur et à mesure des kms. Cette BM nous aura fait pas mal de blagues, mais cela est du à notre amateurisme de l’époque et notre manque d’expérience. En tout cas elle ne nous aura pas dégoûtés des autos anciennes, bien au contraire, nous en gardons aujourd’hui un excellent souvenir. Elle aura finalement été d’une fiabilité exemplaire et nous aura laissé un sentiment de sécurité et de fidélité à toute épreuve, car une fois révisée totalement, nous aurons parcouru plus de 20000 kms sur les quelques années que nous l’avons possédée, Roland ayant même parcouru 5000 kms sur un seul été !  

Xavier Crouzer

Xavier est le créateur de Classic-Mobil, une petite entreprise familiale qui propose de vous dessiner votre voiture, sur un vêtement vintage ou un objet. Mais Xavier est surtout un vrai fan de bagnoles. Après avoir roulé en CX, entre autres, il a eu une période Citroen Axel. Aujourd'hui dans son garage : des Wartburg, des DAF, des TATA et plein d'autres bizareries. Certaines de ces autos appartiennent d'ailleurs à son frangin Roland.

 

 

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