18 décembre 2020

Jean Rondeau, l'enfant du Mans

Je vous emmène donc au pays de la rillette, juste après la seconde guerre où le petit Jean voit le jour. Le parcours semé d'embûches commence ici. Le petit frère de Gérard, est malade. Une scarlatine ronge ses reins et le petit garçon en gardera toute sa vie les séquelles. C’est un fait, Jean ne se voyait pas vivre vieux. Avec cette épée de Damoclès au dessus de sa tête, on peut voir dans cette dialyse l’explication de son envie de vivre vite et d’entreprendre. Ce premier choc conditionne  le reste de son existence.


Petit Jean 

Le deuxième choc se produit en 1949. Depuis la fin de la guerre, la ville du Mans met tout en œuvre pour faire revivre la course d’endurance, la nomination d’un nouveau préfet et la mobilisation des politiques fait enfin avancer le dossier et on transforme les ruines en circuit automobile. Les manceaux sont aux anges et les parents Rondeau emmènent leurs deux fils assister à cette renaissance historique. Maman Rondeau n’est pas très rassurée à l’idée d’emmener le tumultueux enfant de 3 ans sur un circuit automobile, au milieu du bruit et de la foule. Le petit Jean a l’habitude de ne pas tenir en place et cette journée s’annonce sportive. 

Contre toute attente, Jean Rondeau est littéralement fasciné par ce qu’il voit. Il restera scotché devant le passage des bolides pendant 6 heures, sans bouger. Sa mère racontera bien plus tard qu’il attendait chaque passage « de la voiture rouge » avec une réelle excitation. Cette voiture rouge c’est la Ferrari numéro 22 de Chinetti. Jean parlera toute son enfance de ce souvenir du bolide rouge qu’il attendait après chaque tour. Il lui faudra la promesse de ses parents de revenir le lendemain pour que l’enfant accepte de rentrer. 
Dès lors l’enfant n’aura qu’une passion, dévorante et envahissante : l’automobile et plus particulièrement une obsession : les 24 heures du Mans. Le rituel se reproduit tous les ans avec la même verve. Les frères Rondeau découvrent le critérium des jeunes pilotes disputé sur des petites monoplaces adaptées aux enfants. Jean veut être pilote, et cette idée contaminera son frère Gérard. 

Permis de casser des voitures

Le 18 juin 1964 c’est l’appel du permis pour Jean qui passera l’épreuve après 2 leçons de conduite. Trop peu, pensera son frère lorsque son cadet lui ramènera son R8 Major dans un 
drôle d’état après un freinage loupé à Arnage. Les deux frangins resteront brouillés longtemps suite à cet incident. 
Quelques temps plus tard, alors qu’il est vendeur à la concession Gueguen Alfa-Roméo du Mans, il manque de se tuer au volant d’une nouvelle Giulietta Ti.  Rien n’entame la fougue de cet apprenti pilote, et surtout pas son frère qui stoppe la compétition pour partir faire ses études à Caen. 
Il enchaîne les petits boulots, tour à tour vendeur chez Alfa, commercial dans les meubles ou chez Antargaz, dans le seul but d’acheter une voiture de course. Ce sera une Renault 8 Gordini, mais le bonheur sera écourté par la rencontre avec un pylone EDF lors du premier rallye. Tout est à refaire. 
L’apprenti pilote échoue à deux reprises au volant Shell et doit se rendre à l’évidence, il reprend un métier “normal” en devenant décorateur d’intérieur. 

Le destin se charge parfois de votre avenir 

L’histoire aurait pu s’arrêter là, mais le nouveau patron de Rondeau accepte de financer un volant à Rondeau. En 1972, Jean réalise son rêve, en inscrivant son nom sur la liste des engagés aux 24 Heures du Mans au volant d’une modeste Chevron. Le joint de culasse rendra l’âme avant le petit matin. 
Après une non qualification en 1973, après avoir hypothéqué la maison de sa mère en 1974, puis terminé à la 19ème place la même année, un nouvel échec en 1975 crée un électrochoc. Jean réunit ses amis pour une soirée post 24 Heures : 



«J’en ai marre de conduire des poubelles, on ne me donnera jamais un volant digne de ce nom, je vais donc construire moi-même ma voiture! ».



Dès lors, Jean disparaît des radars pendant de longs mois. En ville, les rumeurs vont bon train. Rondeau a créé une structure et passe ses journées à dessiner des voitures sur une planche à dessins. 

à suivre...

En cette fin d'année 2020, Charles James sort une version augmentée de son livre "La preuve par 24Heures" qui retrace l’histoire des débuts de Rondeau au Mans avec la marque Inaltera. Mais sans doute le plus intérressant est le second opus qui sort en même temps, "Le défi" qui nous raconte l’après Inaltera. Cette fois Charles James y participe en tant que Manager de l’écurie. Une belle histoire, où les relations humaines exceptionnelles ont toujours été la colonne vertébrale de la réussite Rondeau. La parution de ces livres nos ont donné l'occasion de mettre a jour nos articles en échangeant avec Charles James, et de lui " piquer " quelques photos inédites .

 


 


Texte : Nicolas Laperruque 

Photos : Collection G.Rondeau, collection Th.Rondell, Washington Photos, collection G.Bollée, Michel Bonté. 

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