03 avril 2020

Saga De La Chapelle. EP1 Essai de la Grand Prix

De La Chapelle. Une marque à part,  qui fleure bon une époque pas si lointaine où la passion poussait des passionnés à entreprendre pour construire des automobiles d’exception. Un nom qui nous replonge dans l’histoire des petits constructeurs Français, en compagnie de Venturi, et avec en toile de fond les mythiques Bugatti. Nous sommes partis à la rencontre d’un rare exemplaire de Grand Prix, avant que Xavier De La Chapelle nous raconte sa genèse. 

Retrouvez le podcast audio de cet article à la fin de cette page

Des origines Lyonnaises 

L'histoire de De La Chapelle ne commence pas en 1975 sous l'ère Xavier De La Chapelle, mais bien au début du siècle grâce à un ancêtre qui lance la marque Stimula. 


A l'époque les petits constructeurs pullulent sur le territoire Français et la région de Lyon en recense au moins 150 différents. Parmis eux, Stimula a une place à part. Le constructeur dépose de nombreux brevets et développe ses propres motorisations, à une époque où tout le monde ne jure que par les moteurs De Dion. 

Attaquer le marché du très haut de gamme 

Xavier De La Chapelle est un jeune homme fou de mécanique quand il décide en 1975, de faire revivre une tradition familiale en fabriquant des voitures. Mais contrairement à beaucoup de rêveurs, Xavier a un plan et une stratégie. Xavier De La Chapelle a déjà restauré de nombreuses motos, des autos et cette passion va prendre un tournant. Il veut relancer la marque familiale Stimula, sous le nom De La Chapelle.

Contrairement aux constructeurs de répliques qui s'attaquent souvent à des modèles à peine plus chers que leurs répliques, il décide d'attaquer le marché du très haut de gamme. Son truc à lui c'est les Bugatti. Pour mener à bien son premier projet, il contacte Jacques Hubert, un ancien de chez Matra et père de la Djet. Ce sont 3 protos qui seront construits pour aboutir au modèle 55. 

Une vraie ambition 

 C’est un moteur Opel Commodore 6 cylindres qui prend place dans ces réalisations typées kitcar. Cela manque d'ambition pour Xavier De La Chapelle. Après avoir essayé la voiture, il la trouve trop petite pour son grand gabarit et manquant d'exclusivité. Il la veut plus imposante, plus habitable, plus puissante. Les De La Chapelle devront être de véritables GT au volant desquelles on prend plaisir à rouler.

Il se met à la recherche d’une motorisation plus noble, et contacte le président de BMW France. Celui ci est conquis par la projet et part à Munich plaider la cause du petit constructeur Français. La marque à l’hélice est le candidat idéal pour fournir un moteur prestigieux, sportif et fiable. Tous les modèles suivants auront un coeur BMW. La première De La Chapelle fait ses premiers pas au salon de Genève 1978. Xavier vend une voiture à un premier client de Lyon. C’est le début d’une belle histoire. 

La Grand Prix, une rareté 

Installé pendant de nombreuses années à proximité de l'ancien tracé du Grand Prix de Lyon, De La Chapelle rend hommage à cet épisode avec le modèle Grand Prix en 1992. Comme toujours le lien avec Bugatti est évident. C’est en août 1924, que l'appellation Grand Prix fait son apparition chez Bugatti, pour la première sortie de la Type 35. 


C’est le concepteur des châssis Venturi qui se penchera au dessus du berceau moteur de la Grand Prix. Avec sa structure extrêmement rigide et ses suspensions à double triangulation, la Grand Prix peut recevoir sans crainte un bloc BMW à compresseur de 240 ch. Trois exemplaires seront construits, nous en avons retrouvé un. 

Numéro 1 

 A mon arrivée au Garage Morel, la belle verte trône fièrement au milieu du hall d’expo. Un véritable musée devrais je dire, avec pêle mêle une Lamborghini Countach, toutes les Alpine alignées, des R8 et R12 Gordini ou encore une rare Nova Sterling. Ici la passion transpire de partout, et la famille Morel l’a prouvé sur les pistes du Dakar. 


Mais restons concentrés, nous mettons le contact pour lancer le moteur BMW de la De La Chapelle, et celle ci vient caresser le sol pour sortir à l’air libre. Chaque exemplaire est 
signé et authentifié par une plaque numérotée, celui ci porte le numéro 1. Antoine n’est pas genre à perdre du temps “Prenez les clés, le temps qu’il faudra et aller faire un tour avec”. 

Une qualité de fabrication bluffante

Ce qui frappe d’entrée c’est le charisme que dégage de ce roadster deux places, sans portes. Avec son immense capot, elle semble même plus imposante que ses 4,20 m de long. Les proportions en imposent mais c’est dans le détail que la Grand Prix s’apprécie. Les magnifiques jantes monobloc, les ajustages, le choix des matériaux, rien n’est laissé au hasard. Nous sommes à mille lieux de la qualité de fabrication habituelle des petites séries. Construite et assemblée à la main par des compagnons passionnés, c’est un vrai objet de luxe. 

Efficacité totale 

J’avoue qu’au moment de se glisser derrière le cerceau, je ne m’attendais pas à quelque chose de sportif. Mais oubliez ce look d’ancêtre. La Grand Prix est une vraie GT, capable de traverser le pays avec une efficacité redoutable. 

L’absence de portes participe à l’ambiance. Dans les enchaînements de petits virages, le poids réduit de l’ensemble fait merveille. Là aussi c’est le signe d’une conception intelligente, qui prouve qu’on peut faire beau et léger, avec seulement 960 kg sur la balance.  La structure à poutre centrale et treillis multi-tubulaire acier est parfaitement adaptée à une conduite sportive.

Les suspensions sont subtilement dosées, et les barres anti-roulis avant et arrière font leur travail. Fermez les yeux, vous êtes dans une Venturi, ouvrez les vous roulez en Bugatti. 

Unique
 
Avec une répartition du poids idéale de 45% sur l’avant et 55% sur l’arrière, la Grand Prix est amusante, et diablement attachante. Quel autre véhicule peut vous apporter un comportement de sportive dans un tel écrin ? Le 6 en ligne BMW associé à un compresseur fait le travail. Il était même possible, sur commande de procéder à une transformation Alpina, Hartge ou Schnitzer, ou de demander un ligne d’échappement sur mesure. C’est aussi le témoignage d’une époque pas si lointaine où la France regorgeait de petits constructeurs ingénieux. 


Par Nicolas Laperruque 
Photos : Nicolas Laperruque,  Brieuc Harivel 
Merci à Antoine Morel du Garage Morel et Auto-Mobilia à Villedieu-les-poeles 

Merci à Xavier De La Chapelle pour le temps qu’il nous a accordé

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