22 novembre 2019

Musée Alfa Romeo de Milan, rouge passion

“La Macchina del tempo – Museo Storico Alfa Romeo” est le cœur d’un véritable centre dédié à la marque. Un voyage à travers le mythe, où figurent les éléments les plus significatifs de la collection historique Alfa Romeo. Direction Milan, pour une immersion au coeur de l’ADN de la marque Italienne après la réouverture du Musée.


Difficile de passer à côté de cette construction d’où s’extrait une énorme cheminée rouge semblant vouloir s’échapper d’un bâtiment sans charme. Visible depuis l’autoroute qui relie l’aéroport à Milan, ce lieu est pourtant chargé d’histoire. Il s’agit de l’ancien siège de la marque et ici on voit la vie en rouge, on vit Alfa, on respire Alfa, et on en rêve certainement la nuit. 
Le musée est inauguré en 1976 suite à la fermeture des lignes de montage et à la perte du rôle de siège officiel de la marque.

Il ferme en 2011 dans le cadre du plan de relance global d’Alfa Romeo pour mieux renaître le 24 juin 2015, jour de la présentation de la nouvelle Giulia. Il s’agit alors d’un écrin dédié à la marque avec une librairie, une cafétéria, un centre de documentation, une piste d’essai pour voitures anciennes, des espaces évènementiels, ainsi qu’un espace de vente et de livraison de véhicules neufs. 
Le bâtiment se caractérise par une structure rouge qui traverse l’intégralité du site et trace le parcours reliant le parking au musée. Un ruban rouge qui mène du début de l’exposition au tout nouvel escalator à la couleur typique “Rosso Alfa”. Cet élément moderne et incontournable fait le lien entre l’architecture des années 70 du bâtiment et l’avenir d’une marque en pleine renaissance.  

Origines françaises et Croix de Milan 

Alfa doit son origine à un français, Alexandre Darracq. Cet industriel se met en tête d’exporter ses véhicules sur le territoire Italien. Afin de détourner droits de douanes et difficultés logistiques, il crée une entité sur le sol Transalpin. Malheureusement, les véhicules produits ne sont pas adaptés au réseau routier de l’Italie de début de siècle. Les voitures ne se vendent pas et la société est mise en liquidation. En 1910 une nouvelle société est alors créé sur ses cendres, la A.L.F.A (Anonima Lombarda Fabbrica Automobili) qui signifie “Société anonyme Lombarde de constructions automobiles”. 

Aujourd'hui on entre dans le musée de la marque en passant devant une galerie de logos, l’occasion de redécouvrir qu’Alfa et Roméo n’ont pas toujours été associés. D’ailleurs le passionné et passionnant Jean-François Serre de chez Alfa Romeo France nous raconte l’origine de ce logo. “Il fallait trouver un logo, et rapidement on a choisi la croix de Milan, rouge sur fond blanc, associée à la fameuse Vouivre Biscione, qui était le serpent symbole des Visconti. La famille Visconti, qui avait pris le pouvoir à Milan avait besoin d’asseoir son autorité. On s’invente donc un ancêtre qui aurait tué un serpent à mains nues. La légende de ce serpent semant la terreur dans toute la région en avalant des bébés était née.”

La ligne du temps 

L'exposition comporte 69 modèles qui ont non seulement le plus contribué au développement de la marque, mais aussi à celui de l'automobile en général. De la toute première voiture A.L.FA., la 24 HP, aux légendaires modèles victorieux des Mille Miglia comme la 6C 1750 Gran Sport pilotée par Tazio Nuvolari, de la 8C Touring à l’“Alfetta 159” champion du Monde de Formule 1 avec Juan Manuel Fangio ; de la Giulietta, modèle iconique des années ‘50 à la 33 TT 12. L’exposition Timeline occupe l’entièreté du premier étage avec une sélection de 19 voitures qui représentent le mieux du développement de la marque, chacune étant accompagnée d'un panneau d'information multimedia.

Ici on rend hommage à l’automobile mais aussi aux hommes qui ont forgé la légende. Des pilotes d’essai aux designers, des ingénieurs aux employés, un siècle de petites histoires pour forger la grande. L’occasion de revoir certaines gloires qui commencent à se faire rares sur nos routes. En dehors des premiers modèles de la marque que je ne connaissais pas, je tombe sur une magnifique Montreal orange, tout droit sortie des années 70. A propos d’années 70, la Montreal côtoie une Alfasud. L’histoire ne ment jamais, et pendant qu’on nous explique la genèse de cette petite Alfa fabriquée dans le sud de l’Italie, dans une nouvelle usine, je m’approche de cet exemplaire de musée. Comme nous le confirme notre guide, cette voiture est surtout connue pour sa faculté à rouiller. Croyez le si vous voulez mais l’exemplaire présent dans le musée Alfa, conservé au sec donc et minutieusement chouchouté présente lui aussi des points de rouille autour des poignées de porte, des vitres et autour du toit. 

Bellezza 

La deuxième partie, au rez-de-chaussée, est appelée Bellezza (beauté) et comporte plusieurs espaces thématiques. L’aménagement est fait de lignes dynamiques et fluides rappelant le style des carrossiers Italiens. Depuis “I maestri dello stile” (les maîtres du style), qui comprend neuf exemples de design majeur de chaque époque, à “La scuola italiana “(l'école italienne), qui présente des véhicules construits par la carrosserie Touring sous la marque Superleggera dans les années 1930 et 1940. Au centre, se trouve “Alfa Romeo nel cinema” (Alfa Romeo dans le cinéma). Cette section est suivie par des hommages plus appuyés à la Guilia et la Giulietta. 

La 33 Stradale 

Alors que nous évoluons tranquillement dans les allées du musée, je tombe sur l’objet de notre visite, le prétexte du voyage, j’ai nommé la 33 Stradale, qui fait l’objet d’une exposition temporaire très attendue au sein du Museo. 
Une voiture iconique, parfait alliage de technologies de haut vol, solutions techniques issues de la compétition et style unique : c’est ainsi que l’on peut définir l’Alfa Romeo 33 Stradale qui fête aujourd’hui ses 50 ans.

Elle fut en effet présentée le 31 août 1967 sur l’autodrome de Monza, lieu idéal pour présenter un modèle tout autant destiné à un usage routier qu’issu du monde de la course automobile. Un caractère bien trempé donc, également illustré par la présence du légendaire Quadrifoglio sur les ailes, symbole utilisé pour la première fois par Ugo Sivocci lors de la Targa Florio 1923 et adopté, à partir des années 60, sur les modèles de la marque affichant les prestations sportives les plus élevées, comme l’actuelle Giulia Quadrifoglio.

L’intemporelle beauté de la 33 Stradale est l’œuvre de Franco Scaglione, l’un des plus grands designers automobiles italiens alors que sa technologie provient en droite ligne de la Tipo 33/2 de compétition, ce qui en fait l’une des modèles les plus marquants dans l’histoire du Biscione. Elle bénéficiait de raffinements techniques d’avant-garde (châssis tubulaire en alliage léger, moteur 8 cylindres de 1 995cm3 d’une puissance de 230 ch, poids de 700 kg) et affichait des performances incroyables pour l’époque avec plus de 260 km/h en pointe. Exclusive par son prix (près de 10 millions de lires en 1968) et son extrême rareté (18 exemplaires produits), il s’agit d’un véritable mythe que nous pouvons toucher de nos empreintes digitales. 

Velocità 

La vitesse est au coeur de la troisième partie de l’exposition et s’étend sur l’entièreté du sous-sol. Il s’agit certainement de la partie la plus fascinante, où les amateurs de la marque peuvent retrouver les actrices mécaniques ayant forgé le palmarès incroyable d’Alfa Romeo. L’ensemble des légendes de courses sont présentées ici.

Des monstres de vitesse les plus mythiques de l’entre deux-guerres, jusqu’à l’épopée en F1. La thématique “Le corse nel DNA” et “Progetto 33” vous entraînent dans un tourbillon de victoires d’où je met plusieurs heures à sortir. Le temple des victoires, un autre espace présentant les images, sons et films relatant les grandes victoires de la marque, ne manquera pas de vous achever. 

Je pensais avoir tout vu mais pour marquer notre visite le maître des lieux m’invite à le rejoindre à l’extérieur du bâtiment. Entre le bâtiment et l’autoroute se trouve un petit circuit d’essai destiné à faire rouler les chef d’oeuvres de la collection. L’immense majorité des véhicules présents dans le musée sont roulants et on m’a préparé une belle surprise. Le pilote d’essai maison m’attend sur la piste au volant d’une authentique Alfa Romeo 750 Competizione de 1955. Le pilote Italien met le contact et la  magie opère.

La sonorité du 4 cylindres en ligne armé de deux carburateurs Weber est une vraie invitation. Quelques tours de circuit à allure soutenue nous permettent d’entrevoir le potentiel diabolique de la bête, qui à l’époque développait 145 chevaux pour à peine 690 kilos. 690 kilos de légende, au milieu de tonnes de bolides rouges, accessibles au public tous les jours sauf le mardi, de 10h à 18h.

Nicolas Laperruque

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