20 mars 2020

FSO Wars, le modèle qui aurait pu changer l'image de la Pologne

Elle devait être l’étendard de l’automobile polonaise, celle qui viendrait concurrencer les Golf 2 et Opel Kadett directement sur leurs terres. Mais les difficultés financières de FSO mettront un terme à l’aventure Wars, avant même qu’elle n’ait débuté. Seuls 3 prototypes seront produits : un rouge, un blanc, et un bleu.

 

Contrairement aux apparences, l’histoire de l’automobile polonaise ne se résume pas qu'aux voitures produites sous licence. En voici un exemple particulièrement intéresant, en avance sur son temps. La FSO Wars tire son nom de la capitale du pays : Varsorie (Warszawa en polonais). La petite soviétique avait du potentiel et aurait pu devenir un succès commercial. Conçue entièrement par les ingénieurs polonais, sans passer par la case licence, la Wars aurait dû remplacer la Polonez (une sorte de Seat 1200 Sport avec une face de Volkswagen K70). La production de la Polonez devait cependant se poursuivre après avoir subi un gros restylage pour la rendre plus attrayante, augmenter ses performances et réduire ses coûts de fabrication. Malheureusement, l’économie de la Fabryka Samochodow Osobowych n’était pas au beau fixe, et la Wars ne dépassera pas le stade de prototype.

Elle fait son apparition sur les planches à dessin polonaises au début des années 80. L’objectif pour la marque était de concevoir un modèle répondant aux exigences du marché de l'époque. Compte tenu des limites financières et techniques de l'industrie nationale, la traction avant se voulait économique. Trois solutions ont alors été envisagées : La première idée était d'acheter une licence. La deuxième d'établir une coopération avec un groupe étranger et de créer une nouvelle société. Et la dernière de développer indépendamment une nouvelle voiture. Au final, la dernière proposition a été considérée comme la plus avantageuse. Sur le plan technique, la compact devait avoir des performances similaires à la Fiat 125p, mais avec une consommation de carburant plus faible et une structure moins complexe (réduction des coûts de production oblige). La production espérée était d'environ 200 000 exemplaires par an.

Les premiers travaux débutent en 1981 et aboutissent à une maquette à l’échelle 1:5 dès l’année suivante. Des tests aérodynamiques sont réalisés sur cette dernière dans la soufflerie de l'Institut de l'aviation de Varsovie, et sa carrosserie est retravaillée pour obtenir un meilleur coefficient de trainée. Un second modèle en platre est présenté en mai 1983, tandis que le modèle à l'échelle est dévoilé deux mois plus tard. Un premier prototype roulant, de couleur crème, est réalisé en octobre 1985. Quelques semaines plus tard, un autre prototype est assemblé, peint de rouge, puis un bleu.

Présenté à la presse lors d'une conférence en janvier 1986, le prototype crème sera officiellement dévoilé lors de la Foire de l’Industrie Automobile Polonaise le 24 octobre de la même année. La silhouette des deux prototypes, moderne plutôt agréable, attise la curiosité. Avec ses cinq portes et son hayon, la Wars peut accueillir jusqu’à 5 personnes et transporter 300 litres de chargement dans son coffre. La critique de la presse britannique se montre même positive à son égard.

La sécurité est également en avance par rapport aux autres voitures d'Europe de l'est. En cas de chocs, le conducteur est protégé par une carrosserie à zones de déformation contrôlée et une colonne de direction de sécurité. Le réservoir a été placé sous la banquette arrière pour limiter les risques lors d'accidents. D’un point de vue design, la voiture se rapprochait de ses concurrentes occidentales. Avec 3,8 mètres de long pour 1,6 mètre de large et 1,38 mètre de haut, la Wars était légèrement plus petite qu'une Golf de deuxième génération. Autre avantage en faveur de la FSO : son poids, inférieur à 800 kgs. Dans l’habitacle, la modernité et l’ergonomie étaient aussi au rendez-vous. L’assise se voulait confortable et la console centrale était orientée vers le conducteur, de manière à lui faciliter la manipulation des différentes commandes.

Les essais routiers se poursuivent jusqu'en 1987, mais le manque de ressources financières met en stand-by l'avancement du projet. FSO fait alors appel à plusieurs constructeurs pour établir un partenariat pour produire une voiture économique. Un accord est trouvé avec Fiat. Le 1er décembre 1988, les papiers sont paraphés, mais le ministère de l'industrie et du commerce rompt le partenariat le même jour. Mettant irrémédiablement un terme à l'histoire de la Wars. Il y a bien eu une tentative de FSO de relancer sa petite compacte, mais la Wars 2 ne dépassera même pas le stade de la maquette.

 

La marque avait-elle réellement l’intention d'aller au-delà de ces prototypes ? Rien n’en est moins sûr. Jerzy Borkowski écrivait en 1986 dans la revue Motor :

"Ce n'est pas parce qu'il existe plusieurs prototypes de Wars qu'il faut voir en cela l'annonce de la production de ce véhicule. Le bureau d'étude de FSO a cherché à voir qu'elle pourrait être la future voiture de la marque. On peut supposer que ces prototypes pourront servir de base de discussion pour l'achat d'une nouvelle licence à l'étranger et que l'on verra bientôt une nouvelle Wars différente de celle-ci (...)".

Sous le capot, les blocs installés étaient une nouvelle fois particulièrement modernes. Plusieurs motorisations diesel et essence ont été testées. Le prototype blanc ayant servi aux tests routiers était équipé d’un 1.1 développant 54 ch. Quant au rouge, il servit aux démonstrations dynamiques et était équipé d’un moteur 1.3 de 64 ch. Grâce à la légèreté et l’aérodynamisme de l’auto, ses performances étaient tout à fait honorables, et sa consommation de carburant contenue (5,7 litres aux 100 kms). Avec son moteur le plus puissant, la voiture devait filer à 170 km/h. Le troisième prototype, le bleu, reste bien mystérieux. On ne sait pas de quel moteur il était équipé : certains penchent pour un 1.5, dautres pour un 1.6 diesel. Depuis les années 90, le prototype bleu a disparu des écrans radar. On ne sait pas ce qu’il est devenu, et il ne reste que très peu de photos de lui. Quand aux deux autres, ils sont exposés au Musée Technique de Varsovie.

 

Source : Sovietauto.fr

 

Raphaël Crabos

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